d'autres points de vue ?
Yep.
Ta soeur est une privilégiée. Ta soeur n'a jamais eu honte d'elle-même, n'a pas grandi avec la terreur de n'être jamais comme les autres, de décevoir ses parents, d'être rejetée par ses amis, par ceux qu'elle aime, par la société toute entière. Elle n'a jamais connu la solitude dans laquelle vous enferment le déni, la colère, le dégoût, et la lancinante question du "pourquoi moi" qui tourmente chacun et chacune des nôtres quand il ou elle découvre sa différence. Elle n'a jamais eu à chercher discrètement, l'air de ne pas s'y intéresser, des modèles dans ce qu'elle pouvait trouver, des magazines, des articles de journaux, des reportages, des films. Elle n'a jamais eu à se cacher, à se convaincre et à convaincre les autres -mais c'est bien souvent la même chose- qu'elle pouvait changer, qu'elle ne serait jamais comme eux, comme elles, les communautaristes, les pédales, les gouines, les camionneuses, les broute gazons, celles et eux à la gueule de qui il est si facile de cracher.
Pour elle, marcher la tête haute dans la rue, tenir la main de son Jules, parler de ses vacances avec lui à Palavas-les-flots, c'est une évidence. Pas un risque, pas une conquête, pas une victoire, une évidence. Et elle serait bien surprise de voir le dit Jules comparé à un chien, un bébé ou un meuble, encore plus de voir défiler des centaines de milliers d'abrutis conanguins pour lui expliquer qu'elle est un danger pour ses enfants et la civilisation.
Alors ta soeur, elle la ferme.
Elle la ferme jusqu'à ce qu'elle ait vécu la même chose que toi, que nous tous et toutes. Qu'elle s'assigne à vivre un an en tant que lesbienne, et on en reparle. Il n'y a rien au monde qui m'exaspère plus que des hétéros apôtres de la tolérance et du vivre-ensemble qui viennent m'expliquer comment je dois vivre et me comporter en tant que gay. Vous savez pourquoi le "ghetto gay" existe", les copains ? Pour ne plus voir vos gueules de citoyens du monde du dimanche après-midi après le rosbeef. Parce que dans le ghetto, on n'a pas à calculer les conséquences potentielles de l'évocation de nos copains/copines, on peut draguer qui on veut sans se prendre une main ou une insulte dans la gueule, on n'aura pas à s'expliquer sur qui on est, à argumenter sur notre droit à épouser bobonne ou Julot et à traumatiser nos éventuels moutards. On ne va pas dans les "ghettos" pour affirmer sa différence, connards, on y va pour ne plus l'être. Je ne sache pas que votre société de l'universalisme en monospace nous y ait jamais autorisé.