Souvenirs.
Souvenirs.
Souvenir troublant. J'ai cru oublier cet épisode, mais il a été tellement marquant que dès que je me rappelle mes souvenirs d'enfance, je ne vois que lui. Il occupe toutes mes pensées, surtout en ce moment.
J'avais neuf ans, et je suis rentrée de l'école. Maman m'a dit : "Je t'emmène chez le pédiatre pour tes vaccins, va mettre les habits que je t'ai mis sur le lit, et enlève-moi ce maillot."
Oui, j'étais habillée comme un garçon. J'aimais le foot, et avais une collection de maillots, mettais des crampons avec des pantalons larges.
Sur mon lit, un pull rose, et un pantalon en velours. Au sol, des ballerines. Je n'aimais pas ces habits. Ils étaient trop féminins à mon goût. Mais il fallait bien obéir à l'ordre maternel. Alors je me suis habillée comme toutes les petites filles de mon âge.
Chez le pédiatre, après la visite, nous sommes entrées dans son cabinet pour qu'elle écrive quelques notes sur mon carnet. Puis, je ne sais plus ce qui a fait que nous avons parlé de cela (c'est un peu flou dans ma tête) et ma mère disait : "Z. n'en fait qu'à sa tête. Elle n'aime pas les habits de filles, elle est particulière..." alors s'en est suivi un débat sur les codes vestimentaires et autres absurdités de ce genre. Chaque fois que j'essayais d'intervenir, ma mère me perçait du regard. Je me taisais.
À la fin, la pédiatre s'est retournée vers moi et m'a demandé : "Aurais-tu aimé naître garçon?"
J'ai baissé la tête, larmes aux yeux, et j'ai répondu : "Oui".
Sur cette parole, ma mère remercia la pédiatre et nous sommes parties.
Une fois dehors, elle a commencé à me crier dessus : "Tu me déçois! Mais quelle genre de fille es-tu? Quand on a envie d'une chose aussi dégoûtante, on ne le dit pas! On le garde pour soi! Et tu ne devrais même pas ressentir ce besoin! Tu es une fille, un point c'est tout!"
Elle a crié dans les escaliers, dans la voiture, à la maison. Elle a levé la main plusieurs fois sans oser me frapper. J'ai été punie pour ça. Punie pour avoir dit ce que je voulais.
Cet épisode de mon enfance restera toujours gravé dans ma mémoire. Et depuis que je sais que je suis lesbienne, et que par moments, je déprime et me pose des questions à propos de cela, je me rappelle cet instant. Cet instant où on m'a dit qu'avoir de ces envies "contre-nature" n'était pas normal, et qu'il fallait se taire quand ce qu'on ressentait ne correspondait pas à ce que la société et ses codes s'attendaient.
Aujourd'hui, je me dis que ma situation a peut-être évolué : je sais qui je suis, et je peux en parler librement à mes amis, et spécialement sur le forum qui m'est d'une grande aide. Mais d'un autre côté, je suis toujours dans cette société, dont les codes commencent à peser et dont les attentes ne seront jamais comblées... Toujours dans cette famille qui n'arrête pas d'insulter les homosexuels, et de se baser sur les pires des préjugés...
Et même jusqu'à aujourd'hui, ils ont espoir que je sois comme eux, que je sois conforme aux conventions...
Mais au diable les conventions! Parfois me prend l'envie soudaine de crier au monde qui je suis, que tout le monde sache qui se cache derrière ce masque qu'il côtoie chaque jour. Et puis l'envie se calme, s'oublie et revient... C'est une sorte de cercle dont je ne sortirai peut-être jamais, des chaînes qui ne me laissent pas m'exprimer...
Un jour, je goûterai à la liberté. J'espère. Ce jour-là, je commencerai à vivre, réellement.
Je m'excuse du pavé. J'avais juste envie de coucher sur papier mes sentiments, histoire de me libérer un peu.
J'avais neuf ans, et je suis rentrée de l'école. Maman m'a dit : "Je t'emmène chez le pédiatre pour tes vaccins, va mettre les habits que je t'ai mis sur le lit, et enlève-moi ce maillot."
Oui, j'étais habillée comme un garçon. J'aimais le foot, et avais une collection de maillots, mettais des crampons avec des pantalons larges.
Sur mon lit, un pull rose, et un pantalon en velours. Au sol, des ballerines. Je n'aimais pas ces habits. Ils étaient trop féminins à mon goût. Mais il fallait bien obéir à l'ordre maternel. Alors je me suis habillée comme toutes les petites filles de mon âge.
Chez le pédiatre, après la visite, nous sommes entrées dans son cabinet pour qu'elle écrive quelques notes sur mon carnet. Puis, je ne sais plus ce qui a fait que nous avons parlé de cela (c'est un peu flou dans ma tête) et ma mère disait : "Z. n'en fait qu'à sa tête. Elle n'aime pas les habits de filles, elle est particulière..." alors s'en est suivi un débat sur les codes vestimentaires et autres absurdités de ce genre. Chaque fois que j'essayais d'intervenir, ma mère me perçait du regard. Je me taisais.
À la fin, la pédiatre s'est retournée vers moi et m'a demandé : "Aurais-tu aimé naître garçon?"
J'ai baissé la tête, larmes aux yeux, et j'ai répondu : "Oui".
Sur cette parole, ma mère remercia la pédiatre et nous sommes parties.
Une fois dehors, elle a commencé à me crier dessus : "Tu me déçois! Mais quelle genre de fille es-tu? Quand on a envie d'une chose aussi dégoûtante, on ne le dit pas! On le garde pour soi! Et tu ne devrais même pas ressentir ce besoin! Tu es une fille, un point c'est tout!"
Elle a crié dans les escaliers, dans la voiture, à la maison. Elle a levé la main plusieurs fois sans oser me frapper. J'ai été punie pour ça. Punie pour avoir dit ce que je voulais.
Cet épisode de mon enfance restera toujours gravé dans ma mémoire. Et depuis que je sais que je suis lesbienne, et que par moments, je déprime et me pose des questions à propos de cela, je me rappelle cet instant. Cet instant où on m'a dit qu'avoir de ces envies "contre-nature" n'était pas normal, et qu'il fallait se taire quand ce qu'on ressentait ne correspondait pas à ce que la société et ses codes s'attendaient.
Aujourd'hui, je me dis que ma situation a peut-être évolué : je sais qui je suis, et je peux en parler librement à mes amis, et spécialement sur le forum qui m'est d'une grande aide. Mais d'un autre côté, je suis toujours dans cette société, dont les codes commencent à peser et dont les attentes ne seront jamais comblées... Toujours dans cette famille qui n'arrête pas d'insulter les homosexuels, et de se baser sur les pires des préjugés...
Et même jusqu'à aujourd'hui, ils ont espoir que je sois comme eux, que je sois conforme aux conventions...
Mais au diable les conventions! Parfois me prend l'envie soudaine de crier au monde qui je suis, que tout le monde sache qui se cache derrière ce masque qu'il côtoie chaque jour. Et puis l'envie se calme, s'oublie et revient... C'est une sorte de cercle dont je ne sortirai peut-être jamais, des chaînes qui ne me laissent pas m'exprimer...
Un jour, je goûterai à la liberté. J'espère. Ce jour-là, je commencerai à vivre, réellement.
Je m'excuse du pavé. J'avais juste envie de coucher sur papier mes sentiments, histoire de me libérer un peu.
Re: Souvenirs.
Merci d'avoir partagé ce souvenir P!nkP!nk a écrit : Mais au diable les conventions! Parfois me prend l'envie soudaine de crier au monde qui je suis, que tout le monde sache qui se cache derrière ce masque qu'il côtoie chaque jour. Et puis l'envie se calme, s'oublie et revient... C'est une sorte de cercle dont je ne sortirai peut-être jamais, des chaînes qui ne me laissent pas m'exprimer...
Un jour, je goûterai à la liberté. J'espère. Ce jour-là, je commencerai à vivre, réellement.
Je m'excuse du pavé. J'avais juste envie de coucher sur papier mes sentiments, histoire de me libérer un peu.
Je comprends que ce soit difficile. Je ne vis pas dans le même univers que toi, mais c'est tout aussi difficile.
Je te souhaite aussi de goûter à la liberté (des études en France après le Bac peut-être ?), en attendant, tu ne peux que t'armer de courage et de patience, pour vivre neutre. Mais il faut trouver le juste compromis entre s'effacer complètement face à l'adversité, et vivre toi, tout simplement.
Re: Souvenirs.
Merci beaucoup Rusalka (:Rusalka a écrit :Merci d'avoir partagé ce souvenir P!nkP!nk a écrit : Mais au diable les conventions! Parfois me prend l'envie soudaine de crier au monde qui je suis, que tout le monde sache qui se cache derrière ce masque qu'il côtoie chaque jour. Et puis l'envie se calme, s'oublie et revient... C'est une sorte de cercle dont je ne sortirai peut-être jamais, des chaînes qui ne me laissent pas m'exprimer...
Un jour, je goûterai à la liberté. J'espère. Ce jour-là, je commencerai à vivre, réellement.
Je m'excuse du pavé. J'avais juste envie de coucher sur papier mes sentiments, histoire de me libérer un peu.![]()
Je comprends que ce soit difficile. Je ne vis pas dans le même univers que toi, mais c'est tout aussi difficile.
Je te souhaite aussi de goûter à la liberté (des études en France après le Bac peut-être ?), en attendant, tu ne peux que t'armer de courage et de patience, pour vivre neutre. Mais il faut trouver le juste compromis entre s'effacer complètement face à l'adversité, et vivre toi, tout simplement.
et
pour toi
C'est gentil, et je partirai sûrement en France après le bac (à Toulouse en plus)!
Ta réponse me remonte le moral (: et tu as parfaitement raison pour ta dernière phrase
Courage à toi aussi (:
Tu sais P!nk, quand j'ai eu mon bac, je suis parti à 500 km de chez moi, de cette petite ville qui ne m'intéressait pas, et j'ai commencé à vivre des choses extraordinaires. Même si j'ai passé de bons moments lors de mon enfance et de mon adolescence, j'ai l'impression de vivre bien plus de choses maintenant.
La patience finit par payer, alors courage.
La patience finit par payer, alors courage.
Je vais apporter ma pierre a cet édifice de réponse... Les autres ont déjà dit le plus important.
Le temps.
Le maitre de tout.
Autant 1 minute le doigt coincé dans la porte peut paraitre une eternité, autant 1 minute a regarder une jolie fille et hop! Elle a déjà disparu...
Ce que tu as vécu, certaines d'entre nous l'ont traversé aussi. Je me permet de dire cela car a 16 ans, j'ai fait toutes les démarches possibles et inimaginables avec mes moyens pour savoir comment je pourrais changer de sexe. (Et en 1991, c'était pas encore le top!)
Mais je n'ai pas eu a affronter le regard de mes parents. Ni le silence qu'on t'impose.
Ce silence, je me l'étais imposé depuis mes 5ans. Depuis un gros con croisé dans un bois.
Et puis?
Et bien j'ai attendu, dans le silence. Face a soi-meme, on prend enfin toute la mesure du vide qui existe autour de soi.
Mais ce vide, regarde bien... Tu vas le combler. Par des amis, que tu auras choisis (pas comme ta famille, qui t'es imposée), par l'amour, que tu rencontrera.
Et plus tu seras en paix, en t'entourant de personnes précieuses, plus tu verras que ce mal, on finit par se dire : c'est ce qui fait que je suis moi.
P!nk, tu fais bien de coucher tes douleurs sur le forum. C'est la trace de ce que tu es là, a cet instant.
Demain tu ne seras plus la meme, apres demain, tu seras encore différente. Plus forte.
Ce qui ne tue pas, rends plus fort. Alors VIS!
Ce masque, porte le encore un peu, jusqu'a ce que tu sois assez indépendante pour le faire voler en éclat.
Et ensuite, tu seras forte. Et amoureuse, je n'en doute pas... De ce que la vie te donnera et qui sera bien plus délicieux que tout ce que tu as traversé jusque là.
Le temps.
Le maitre de tout.
Autant 1 minute le doigt coincé dans la porte peut paraitre une eternité, autant 1 minute a regarder une jolie fille et hop! Elle a déjà disparu...
Ce que tu as vécu, certaines d'entre nous l'ont traversé aussi. Je me permet de dire cela car a 16 ans, j'ai fait toutes les démarches possibles et inimaginables avec mes moyens pour savoir comment je pourrais changer de sexe. (Et en 1991, c'était pas encore le top!)
Mais je n'ai pas eu a affronter le regard de mes parents. Ni le silence qu'on t'impose.
Ce silence, je me l'étais imposé depuis mes 5ans. Depuis un gros con croisé dans un bois.
Et puis?
Et bien j'ai attendu, dans le silence. Face a soi-meme, on prend enfin toute la mesure du vide qui existe autour de soi.
Mais ce vide, regarde bien... Tu vas le combler. Par des amis, que tu auras choisis (pas comme ta famille, qui t'es imposée), par l'amour, que tu rencontrera.
Et plus tu seras en paix, en t'entourant de personnes précieuses, plus tu verras que ce mal, on finit par se dire : c'est ce qui fait que je suis moi.
P!nk, tu fais bien de coucher tes douleurs sur le forum. C'est la trace de ce que tu es là, a cet instant.
Demain tu ne seras plus la meme, apres demain, tu seras encore différente. Plus forte.
Ce qui ne tue pas, rends plus fort. Alors VIS!
Ce masque, porte le encore un peu, jusqu'a ce que tu sois assez indépendante pour le faire voler en éclat.
Et ensuite, tu seras forte. Et amoureuse, je n'en doute pas... De ce que la vie te donnera et qui sera bien plus délicieux que tout ce que tu as traversé jusque là.
Coucou P!nk
Se souvenir de ce genre d'évènement à la fois terriblement marquant mais parfois complètement occulté par la mémoire (qui a une curieuse tendance à effacer les évènements perçus comme honteux..) est je pense un phénomène normal quand conjugué à la fois à sa propre acceptation et au fait de grandir ... Je l'ai vécu aussi, de manière troublante. Et rétrospectivement, certaines assertions de ma mère dites sous le coup de la colère ressemblent aujourd'hui à s'y méprendre à des mauvais augures. Vivement mon CO prochain, haha, enfin bref passons
Pour le reste, l'important est que toi, et surtout tu aies cette conscience aigue de qui tu es et surtout de ta sincérité dans cela, de ton droit à être et à vivre.. différemment du schéma que préférait ta famille. Le fait de grandir et de prendre peu à peu ton envol te donnera l'occasion de le faire. Prends juste le temps de te construire des ailes solides avant de prendre ton envol ... et ça devrait le faire
Se souvenir de ce genre d'évènement à la fois terriblement marquant mais parfois complètement occulté par la mémoire (qui a une curieuse tendance à effacer les évènements perçus comme honteux..) est je pense un phénomène normal quand conjugué à la fois à sa propre acceptation et au fait de grandir ... Je l'ai vécu aussi, de manière troublante. Et rétrospectivement, certaines assertions de ma mère dites sous le coup de la colère ressemblent aujourd'hui à s'y méprendre à des mauvais augures. Vivement mon CO prochain, haha, enfin bref passons
Pour le reste, l'important est que toi, et surtout tu aies cette conscience aigue de qui tu es et surtout de ta sincérité dans cela, de ton droit à être et à vivre.. différemment du schéma que préférait ta famille. Le fait de grandir et de prendre peu à peu ton envol te donnera l'occasion de le faire. Prends juste le temps de te construire des ailes solides avant de prendre ton envol ... et ça devrait le faire
@ Epsilon : Merci, et je vis exactement la même chose, je crois. Je ne peux pas savoir ce qui se passera quand je partirai en France mais pour l'instant, je passe de bons moments et je ne peux pas dire que je suis malheureuse... Mais ça sera sûrement mieux après, j'espère...
@ Dokou : +1 pour le temps
Puis il y a tout de même quelque chose de différent, c'est que je ne veux pas changer de sexe. Du moins avant, j'en ressentais le besoin, mais là, je suis heureuse avec ce que j'ai, malgré quelques questionnements... Je sais que je suis lesbienne, et voilà.
Merci beaucoup pour ton message. En plus, ça fait du bien de savoir que l'on est pas seul à avoir vécu des moments de ce genre.
@ Mizc : Merci
T'as parfaitement raison! (Tu analyses extrêmement bien les choses dis-donc!)
Je ne peux pas ajouter grand chose à un message aussi complet.
Merci les gens, ça me fait plaisir de lire vos réponses (: Rien de mieux que les Et-Aloriens pour le soutien 
@ Dokou : +1 pour le temps
Puis il y a tout de même quelque chose de différent, c'est que je ne veux pas changer de sexe. Du moins avant, j'en ressentais le besoin, mais là, je suis heureuse avec ce que j'ai, malgré quelques questionnements... Je sais que je suis lesbienne, et voilà.
Merci beaucoup pour ton message. En plus, ça fait du bien de savoir que l'on est pas seul à avoir vécu des moments de ce genre.
@ Mizc : Merci
Je ne peux pas ajouter grand chose à un message aussi complet.