Non-dits et explosion familiale
Publié : lun. sept. 03, 2012 9:22 am
Chers etaloriens, je me tourne vers vous car j'ai besoin de regards extérieurs.
J’ai toujours considéré que j’étais très chanceuse d’avoir une famille sans histoires. Je m’entends bien avec mes deux parents, j’ai un petit frère que j’aime énormément. Mis à part nos crises d’adolescence et les soucis du quotidien, mon frère et moi n’avons jamais posé de problèmes à nos parents : scolarité sans accrocs, études supérieures, pas de grosses conneries. De leur côté, mes parents nous ont élevé dans un environnement plutôt stable. Ma famille représentait pour moi le pilier central de ma vie. La maison de mes parents était mon petit ilot de stabilité et de tranquillité, bien que je ne vive plus chez eux depuis deux ans. Mais ma famille était comme une cocotte-minute posée sur le feu depuis trop longtemps : elle débordait de non-dits, qui ont pris une telle ampleur au fil des années que la cocotte a fini par exploser.
Coming out
Je vais essayer de vous raconter ça de façon logique. J’ai commencé à faire mon CO à mes amis au printemps 2012. Tout s’est très bien passé, ces quelques mois m’ont permis un épanouissement que je n’avais jamais connu jusqu’alors. Je prévoyais d’en parler à mon frère à la fin de l’été, puis à mes parents avant la fin de l’année.Tous mes amis me disaient que mes parents le « prendraient bien ». C’est vrai qu’ils n’ont jamais été tradi ou conventionnels, dans le genre post-soixante-huitard. Mon père a un frère homosexuel et il a donc déjà été confronté à la question. Le filleul de ma mère est bi et elle l’a beaucoup soutenu lorsque sa famille à lui a mal réagi à son CO. Toutefois, de mon côté, j’appréhendais un peu. Parce que sous cette image de parents « à la cool », je craignais qu’ils le prennent moins bien venant de leur fille. Mais je voyais mon CO comme une façon de me rapprocher de mes parents. J'y reviendrai plus tard.
Coups de théâtre
Cependant, deux événements sont venus totalement chambouler mes plans. Première révélation : mes parents nous ont annoncé qu’ils prévoyaient de se séparer par consentement mutuel. Ce n’était pas une totale surprise pour mon frère et moi, car nous sentions bien depuis un an que leur vie de couple était réduite à néant. Mais quand même, ça a été un gros choc. Quand j’ai appris qu’ils allaient se séparer et vendre la maison dans laquelle j’ai grandi, j’ai senti que mon monde s’effondrait. Mon potentiel CO à mes parents est devenu très lointain : il était hors de question que je leur annonce cela dans une telle situation.
Deuxième révélation. Le lendemain, j’ai passé la soirée avec mon frère parce que j’avais besoin de lui parler. Tout devenait trop lourd à porter pour moi. On a parlé un peu de la séparation. Puis je lui ai fait mon CO. Et là… mon frère m’a dit qu’il était gay aussi ! Je mentirais si je disais que je ne m’en doutais pas : quand il était enfant, cela se sentait qu’il l’était, je l’avais moi-même intégré très jeune. Puis il a eu une ou deux copines et je me suis dit que je m’étais trompée. Mais ça n’avait jamais vraiment quitté mon esprit. Mon frère s’en doutait également pour moi (et c’est d’ailleurs l’unique personne de mon entourage). Mais, tout comme moi, il espérait se tromper. On était aussi atterrés l’un que l’autre d'avoir la confirmation. Je crois qu'on en aurait ri si la situation n'était pas aussi compliquée.
Tout d’un coup, notre CO est devenu un double événement avec des répercussions mutuelles. Je sais que nos parents se diront que c’est de leur faute si tous leurs enfants sont homosexuels, même s'ils paraissent open et tout et tout. Déjà que j’ai eu énormément de mal à faire mon acceptation (longues années de déni et de rejet avant d’avoir le courage de l’accepter), savoir que mon frère est gay rend mon propre CO encore plus difficile, presque culpabilisant. En effet, je me retrouve dans la mauvais posture : mon frère a déjà fait son CO à ma mère en juillet. Contre toute attente, elle ne l’a pas si bien pris que ça. Elle lui a dit qu’à son âge on ne pouvait pas être sûr (il est majeur) et qu’il ne fallait surtout pas en parler à mon père. Depuis, elle ne lui en a pas reparlé. Une vraie politique de l’autruche. Je me retrouve dans une situation très inconfortable. Mon frère a déjà commencé son CO parental, il a donc une sorte de « priorité » par rapport à moi. Il voulait le dire à mon père, mais il n’ose plus tant que dureront les problèmes liés à la séparation : procédure de divorce, mise en vente de la maison, réactions de la famille étendue, recherche de nouveaux logements pours les uns et les autres, etc.
Ma mère
Il est hors de question que je fasse mon propre CO dans ces circonstances. Certes il n’y a jamais de bon moment, mais là ça ne paraît pas opportun. L’ennui, c’est que je comptais sur ce CO pour renouer avec mes parents, surtout ma mère. Au fil des années, le sujet « copain » est devenu tabou entre nous, parce qu’à chaque fois qu’elle en parlait, je me montrais évasive. Plus jeune, je pensais avoir un problème et finir vieille fille, alors je n’en parlais pas parce que je me sentais super mal. Depuis que je sors avec des filles, j’évite également le sujet parce que je n’étais pas encore prête pour le CO. Du coup, ma mère demande à mon entourage des nouvelles de ma vie sentimentale, mais sans jamais m’en parler directement. Je pense qu’elle me prend pour une handicapée sentimentale et que cela l'inquiète énormément. Depuis un an, j’évite donc les conversations en tête-à-tête avec elle, parce que ça me met trop mal à l'aise. Je sais que ce n’est pas la solution la plus courageuse. Je me sens un peu responsable de son état, parce qu’en la fuyant j’empire la situation. En effet, ma mère est déprimée, fuyante et maussade depuis plusieurs mois. La séparation avec mon père et le CO de mon frère ont empiré son humeur. Ma distance envers elle n'arrange rien. Je voulais faire mon CO pour lui montrer je suis bien dans ma vie sentimentale et qu’on peut même en parler et essayer de partager de nouvelles choses. Mais vu comment elle a réagi pour mon frère, je pense que l’effet sera plus négatif que positif.
Je me retrouve dans la situation de celle qui doit tout garder pour elle. Mes parents ont enfin admis que ça n’allait plus entre eux, mon frère a commencé son CO parental, mais moi je dois donner le change et montrer que ça va, que la séparation ne m’ébranle pas trop et que je gère tout. C'est dans mon caractère, je n'ai pas envie de flancher maintenant. Je préfère encaisser plutôt qu'empirer la situation. J’ai la chance d’être très entourée, j’ai donc de nombreuses personnes qui sont présentes et à qui je peux parler de tout ça. Mais je me dis que vous porterez un autre regard sur cette histoire de parents et de fratrie homo.
Merci à celles et ceux qui ont tout lu !
J’ai toujours considéré que j’étais très chanceuse d’avoir une famille sans histoires. Je m’entends bien avec mes deux parents, j’ai un petit frère que j’aime énormément. Mis à part nos crises d’adolescence et les soucis du quotidien, mon frère et moi n’avons jamais posé de problèmes à nos parents : scolarité sans accrocs, études supérieures, pas de grosses conneries. De leur côté, mes parents nous ont élevé dans un environnement plutôt stable. Ma famille représentait pour moi le pilier central de ma vie. La maison de mes parents était mon petit ilot de stabilité et de tranquillité, bien que je ne vive plus chez eux depuis deux ans. Mais ma famille était comme une cocotte-minute posée sur le feu depuis trop longtemps : elle débordait de non-dits, qui ont pris une telle ampleur au fil des années que la cocotte a fini par exploser.
Coming out
Je vais essayer de vous raconter ça de façon logique. J’ai commencé à faire mon CO à mes amis au printemps 2012. Tout s’est très bien passé, ces quelques mois m’ont permis un épanouissement que je n’avais jamais connu jusqu’alors. Je prévoyais d’en parler à mon frère à la fin de l’été, puis à mes parents avant la fin de l’année.Tous mes amis me disaient que mes parents le « prendraient bien ». C’est vrai qu’ils n’ont jamais été tradi ou conventionnels, dans le genre post-soixante-huitard. Mon père a un frère homosexuel et il a donc déjà été confronté à la question. Le filleul de ma mère est bi et elle l’a beaucoup soutenu lorsque sa famille à lui a mal réagi à son CO. Toutefois, de mon côté, j’appréhendais un peu. Parce que sous cette image de parents « à la cool », je craignais qu’ils le prennent moins bien venant de leur fille. Mais je voyais mon CO comme une façon de me rapprocher de mes parents. J'y reviendrai plus tard.
Coups de théâtre
Cependant, deux événements sont venus totalement chambouler mes plans. Première révélation : mes parents nous ont annoncé qu’ils prévoyaient de se séparer par consentement mutuel. Ce n’était pas une totale surprise pour mon frère et moi, car nous sentions bien depuis un an que leur vie de couple était réduite à néant. Mais quand même, ça a été un gros choc. Quand j’ai appris qu’ils allaient se séparer et vendre la maison dans laquelle j’ai grandi, j’ai senti que mon monde s’effondrait. Mon potentiel CO à mes parents est devenu très lointain : il était hors de question que je leur annonce cela dans une telle situation.
Deuxième révélation. Le lendemain, j’ai passé la soirée avec mon frère parce que j’avais besoin de lui parler. Tout devenait trop lourd à porter pour moi. On a parlé un peu de la séparation. Puis je lui ai fait mon CO. Et là… mon frère m’a dit qu’il était gay aussi ! Je mentirais si je disais que je ne m’en doutais pas : quand il était enfant, cela se sentait qu’il l’était, je l’avais moi-même intégré très jeune. Puis il a eu une ou deux copines et je me suis dit que je m’étais trompée. Mais ça n’avait jamais vraiment quitté mon esprit. Mon frère s’en doutait également pour moi (et c’est d’ailleurs l’unique personne de mon entourage). Mais, tout comme moi, il espérait se tromper. On était aussi atterrés l’un que l’autre d'avoir la confirmation. Je crois qu'on en aurait ri si la situation n'était pas aussi compliquée.
Tout d’un coup, notre CO est devenu un double événement avec des répercussions mutuelles. Je sais que nos parents se diront que c’est de leur faute si tous leurs enfants sont homosexuels, même s'ils paraissent open et tout et tout. Déjà que j’ai eu énormément de mal à faire mon acceptation (longues années de déni et de rejet avant d’avoir le courage de l’accepter), savoir que mon frère est gay rend mon propre CO encore plus difficile, presque culpabilisant. En effet, je me retrouve dans la mauvais posture : mon frère a déjà fait son CO à ma mère en juillet. Contre toute attente, elle ne l’a pas si bien pris que ça. Elle lui a dit qu’à son âge on ne pouvait pas être sûr (il est majeur) et qu’il ne fallait surtout pas en parler à mon père. Depuis, elle ne lui en a pas reparlé. Une vraie politique de l’autruche. Je me retrouve dans une situation très inconfortable. Mon frère a déjà commencé son CO parental, il a donc une sorte de « priorité » par rapport à moi. Il voulait le dire à mon père, mais il n’ose plus tant que dureront les problèmes liés à la séparation : procédure de divorce, mise en vente de la maison, réactions de la famille étendue, recherche de nouveaux logements pours les uns et les autres, etc.
Ma mère
Il est hors de question que je fasse mon propre CO dans ces circonstances. Certes il n’y a jamais de bon moment, mais là ça ne paraît pas opportun. L’ennui, c’est que je comptais sur ce CO pour renouer avec mes parents, surtout ma mère. Au fil des années, le sujet « copain » est devenu tabou entre nous, parce qu’à chaque fois qu’elle en parlait, je me montrais évasive. Plus jeune, je pensais avoir un problème et finir vieille fille, alors je n’en parlais pas parce que je me sentais super mal. Depuis que je sors avec des filles, j’évite également le sujet parce que je n’étais pas encore prête pour le CO. Du coup, ma mère demande à mon entourage des nouvelles de ma vie sentimentale, mais sans jamais m’en parler directement. Je pense qu’elle me prend pour une handicapée sentimentale et que cela l'inquiète énormément. Depuis un an, j’évite donc les conversations en tête-à-tête avec elle, parce que ça me met trop mal à l'aise. Je sais que ce n’est pas la solution la plus courageuse. Je me sens un peu responsable de son état, parce qu’en la fuyant j’empire la situation. En effet, ma mère est déprimée, fuyante et maussade depuis plusieurs mois. La séparation avec mon père et le CO de mon frère ont empiré son humeur. Ma distance envers elle n'arrange rien. Je voulais faire mon CO pour lui montrer je suis bien dans ma vie sentimentale et qu’on peut même en parler et essayer de partager de nouvelles choses. Mais vu comment elle a réagi pour mon frère, je pense que l’effet sera plus négatif que positif.
Je me retrouve dans la situation de celle qui doit tout garder pour elle. Mes parents ont enfin admis que ça n’allait plus entre eux, mon frère a commencé son CO parental, mais moi je dois donner le change et montrer que ça va, que la séparation ne m’ébranle pas trop et que je gère tout. C'est dans mon caractère, je n'ai pas envie de flancher maintenant. Je préfère encaisser plutôt qu'empirer la situation. J’ai la chance d’être très entourée, j’ai donc de nombreuses personnes qui sont présentes et à qui je peux parler de tout ça. Mais je me dis que vous porterez un autre regard sur cette histoire de parents et de fratrie homo.
Merci à celles et ceux qui ont tout lu !