Cela fait un bail que je n'ai pas traîné ma truffe dans le coin et j'hésitais honnêtement à poster par ici mais j'ai quelques problèmes qui me turlupinent.
Il s'agit de ma famille et de leur attitude vis-à-vis de mon orientation. Il me semble l'avoir marqué dans la catégorie "coming-out" mais ils l'avaient tous dans l'ensemble super bien pris, j'étais contente et optimiste. Tout s'annonçait bien, un peu trop bien, peut-être, parce que je ne m'attendais pas à rencontrer des obstacles.
Obstacles, le mot est sans doute un peu fort car ils sont pour la plupart implicites, indirects, bref, on l'aura compris.
Tout d'abord, je me suis rendue compte qu'ils ne pensaient pas une seconde que c'était "irrévocable". Oui, c'est plus facile que ce soit une passade. Libre à eux de le croire, tant que l'on ne me bassine pas avec ça. Sauf que justement, on me bassine avec ça assez régulièrement. "Mais tu sais, ça se trouve, tu vas tomber folle amoureuse d'un homme bientôt ! Et puis c'est normal que tu te cherches, tu n'as pas d'expériences !"
Ils ne connaissent pas mes expériences. J'ai même l'impression qu'ils me connaissent de moins en moins. Mais bon. C'est la parfaite philosophie : ça changera tôt ou tard.
Après, il y a de plus en plus d'instants de gêne. Je pensais que j'allais pouvoir m'assumer pleinement chez moi. Erreur. Si je trouve une fille jolie à la télé et que j'en fais la remarque, le silence qui s'ensuit est de plomb, plus personne ne me regarde et je n'ai plus qu'une chose à faire, m'enfouir sous terre. Une atmosphère bizarre.
Parfaite philosophie : parler des filles est réservé aux mecs ou aux filles hétéros.
Ensuite, il y a cette absence de respect. Il y a peu, j'ai appris que ma mère avait eu la gentillesse de confier tout naturellement à une tante que j'étais de l'autre bord, sans me concerter, alors que j'ai bien certifié que, ceci étant personnel, il me revenait le droit de décider quand et à qui je souhaitais le dire dans la famille. Ce qui a du lui passer au dessus de la tête.
Parfaite philosophie : si tu as une caractéristique particulière, peu habituelle, il faut le dire pour pouvoir s'en vanter ou le déplorer à quelqu'un. Même si c'est sexuel et personnel.
Pour finir, ce que je vis le plus mal, je pense, c'est l'histoire de la descendance. Parce que bon, le temps passe, j'approche de la majorité, ma grande soeur est bien casée et mes parents commencent à se sentir l'âme de grands-parents. Alors viennent l'histoire de : "mais mince, comment tu vas faire ?" Solution parentale ? Fais la pute, couche avec des mecs pour rien (enfin, pour leur sperme mais pas pour les sentiments, l'attirance, roh non, ça, c'est réservé aux hétéros. Ceci étant dit de manière tout à fait choquante avec une blague bien homophobe, du style Comment un homo peut prendre son pied pendant l'acte avec un hétéro pour histoire de procréation?
Choquée. Sonnée. Destabilisée. Personne ne s'est aperçu de rien. Non, ça, c'est la parfaite philosophie familiale : quitte à faire la pute, tant que tu as des enfants...
Voilà. Somme toute, je ne sais pas trop si je peux dire que c'est quelque chose d'énorme. Si c'est à proprement parler un problème. Tout ce que je vois, c'est que le vis mal et que je ne trouve pas de solution autre que le silence passif pour pallier cette douleur. En gros, je me défile, je ne les affronte pas. Je ne sais pas trop ce que je dois penser.
Enfin bon. Bon courage pour lire ce pavé et désolée