La "parfaite" philosophie

Un de vos proches est homo, bi,trans ? Vous êtes homo, bi, trans, et les relations avec votre famille vous posent questions ? Cette section vous est dédiée.
Ma'iitsoh
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La "parfaite" philosophie

Message par Ma'iitsoh »

Bonjour, bonjour !
Cela fait un bail que je n'ai pas traîné ma truffe dans le coin et j'hésitais honnêtement à poster par ici mais j'ai quelques problèmes qui me turlupinent.
Il s'agit de ma famille et de leur attitude vis-à-vis de mon orientation. Il me semble l'avoir marqué dans la catégorie "coming-out" mais ils l'avaient tous dans l'ensemble super bien pris, j'étais contente et optimiste. Tout s'annonçait bien, un peu trop bien, peut-être, parce que je ne m'attendais pas à rencontrer des obstacles.
Obstacles, le mot est sans doute un peu fort car ils sont pour la plupart implicites, indirects, bref, on l'aura compris.

Tout d'abord, je me suis rendue compte qu'ils ne pensaient pas une seconde que c'était "irrévocable". Oui, c'est plus facile que ce soit une passade. Libre à eux de le croire, tant que l'on ne me bassine pas avec ça. Sauf que justement, on me bassine avec ça assez régulièrement. "Mais tu sais, ça se trouve, tu vas tomber folle amoureuse d'un homme bientôt ! Et puis c'est normal que tu te cherches, tu n'as pas d'expériences !"
Ils ne connaissent pas mes expériences. J'ai même l'impression qu'ils me connaissent de moins en moins. Mais bon. C'est la parfaite philosophie : ça changera tôt ou tard.

Après, il y a de plus en plus d'instants de gêne. Je pensais que j'allais pouvoir m'assumer pleinement chez moi. Erreur. Si je trouve une fille jolie à la télé et que j'en fais la remarque, le silence qui s'ensuit est de plomb, plus personne ne me regarde et je n'ai plus qu'une chose à faire, m'enfouir sous terre. Une atmosphère bizarre.
Parfaite philosophie : parler des filles est réservé aux mecs ou aux filles hétéros.

Ensuite, il y a cette absence de respect. Il y a peu, j'ai appris que ma mère avait eu la gentillesse de confier tout naturellement à une tante que j'étais de l'autre bord, sans me concerter, alors que j'ai bien certifié que, ceci étant personnel, il me revenait le droit de décider quand et à qui je souhaitais le dire dans la famille. Ce qui a du lui passer au dessus de la tête.
Parfaite philosophie : si tu as une caractéristique particulière, peu habituelle, il faut le dire pour pouvoir s'en vanter ou le déplorer à quelqu'un. Même si c'est sexuel et personnel.

Pour finir, ce que je vis le plus mal, je pense, c'est l'histoire de la descendance. Parce que bon, le temps passe, j'approche de la majorité, ma grande soeur est bien casée et mes parents commencent à se sentir l'âme de grands-parents. Alors viennent l'histoire de : "mais mince, comment tu vas faire ?" Solution parentale ? Fais la pute, couche avec des mecs pour rien (enfin, pour leur sperme mais pas pour les sentiments, l'attirance, roh non, ça, c'est réservé aux hétéros. Ceci étant dit de manière tout à fait choquante avec une blague bien homophobe, du style Comment un homo peut prendre son pied pendant l'acte avec un hétéro pour histoire de procréation?
Choquée. Sonnée. Destabilisée. Personne ne s'est aperçu de rien. Non, ça, c'est la parfaite philosophie familiale : quitte à faire la pute, tant que tu as des enfants...

Voilà. Somme toute, je ne sais pas trop si je peux dire que c'est quelque chose d'énorme. Si c'est à proprement parler un problème. Tout ce que je vois, c'est que le vis mal et que je ne trouve pas de solution autre que le silence passif pour pallier cette douleur. En gros, je me défile, je ne les affronte pas. Je ne sais pas trop ce que je dois penser.
Enfin bon. Bon courage pour lire ce pavé et désolée :euh:
Aotisma
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Aotisma »

Ah oui pas mal...
Une question quand même, n'ayant pas lu l'autre sujet, depuis quand as-tu fait ton coming-out ? Selon la durée, c'est presque logique de penser à une passade, ou alors c'est carrément glauque.

Après, on sait aussi qu'il y a des lesbiennes qui font de l'insémination artificielle (très différent de faire la pute avec des hommes, j'avoue que cette manière de dire m'a pas mal choqué à la lecture... ta famille semble reine en matière de subtilité), parce qu'elles ont envie de devenir mère.
Du coup...

Faudrait peut-être tenter un truc supplémentaire à savoir: est-ce que ça vous gêne / est-ce que vous êtes capable de comprendre que ce n'est pas une passade. Genre y aller à la bourrin, donc... (notamment sur la question du respect, parce que mine de rien, ça peut pas mal les secouer si tu leur dit que les insultes qu'ils te font te blessent, en expliquant que c'est une insulte à ton intimité que de la dévoiler à qui mieux mieux)
Ma'iitsoh
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Ma'iitsoh »

Tout d'abord, merci pour ta réponse, Aotisma !
Alors j'ai fait mon coming-out il y a plus d'un an et ça s'était vraiment super bien passé. En plus, ce qui me perturbe, c'est que mes parents sont plutôt "psychologues" d'ordinaire. Mais là, je pense qu'il s'agit plutôt du fait que j'approche de ma majorité...enfin, j'espère que ce n'est "que" ça.

Et bien oui...et puis l'adoption, aussi, même si c'est dur, ce n'est pas impossible. Et excusez-moi pour la manière très crue de le dire, mais c'est ainsi que je l'ai ressenti. "Faire la pute"

Oui, j'y ai pensé. Mais j'ai peur que ça n'accentue encore les gênes, les moments de silence, les moments d'écarts...
J'ai déjà un peu piqué une crise pour le fait qu'ils aient divulgué comme ça à quelqu'un dont je ne suis pas du tout proche et ça n'a sensiblement rien changé. Un autre moment de gêne, quoi.
floridjan
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par floridjan »

Excuse moi de te le dire un peu franco, mais ta famille m'a l'air du genre bien bornée, complètement victime du shéma traditionnel "bonheur = homme + femme avec enfants et bonne situation socio-professionnelle", avec des grosses oeillères sur le fait que des tonnes de personne ayant atteint ce stade foutent tout en l'air du jour ou lendemain parce que le bonheur, ben non, c'est pas forcément se forcer à correspondre à un modèle qui ne nous convient pas, même si la majorité idiote s'imagine que cela convient obligatoirement à tout le monde.
C'est déprimant de voir que certaines personnes ne voient pas plus loin que leur bout de leur nez. Au nom du "y a rien de plus beau au monde que d'avoir un gosse", ils se fichent que ce môme puisse être conçu dans des conditions sordides.
T'as que deux options selon moi : tu joues la soumise qui n'en pense pas moins, tu gardes tout pour toi sans exploser jusqu'au jour où tu pourras enfin te casser et vivre ta propre vie, mais fatalement ces années de non dits laisseront des traces, creusera un fossé entre toi et ta famille à la longue...
Ou tu joues ta rebelle, tu leur rentres dans le lard, tu leur jettes à la face ce que tu ressens, sans mâcher ses mots, que tes lesbienne, pas pute. Que pour un gosse, avoir comme père une bite de passage et des grands parents cons, y a mieux dans comme histoire des origines, etc. Mais faut avoir la personnalité qui va avec : faut batailler en permanence contre la connerie, sans jamais lâcher, et c'est usant à la longue...
Ma'iitsoh
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Ma'iitsoh »

C'est vrai, ma famille est bornée. C'est curieusement paradoxal. Mes parents ont lutté contre les conventions bourgeoises, jouant même un peu les "rebelles" mais ils reproduisent un schéma certes différents mais avec de nombreux points similaires. En fait, la première fois où j'en ai vraiment pris conscience, c'était pour un problème d'un tout autre genre, la surdouance. C'est quelque chose qui a été à la fois accueilli avec beaucoup de fierté mais aussi rejeté, parce que ça creusait une différence trop importante entre eux et moi. Alors là, c'est le pompon, en fait.
Je vous passerai les histoires de familles tordues et flippantes. Mon contexte familial proche était jusque là rassurant, protecteur. J'avais confiance. Je ne l'ai plus. Je n'adhère pas à cette "parfaite philosophie". Donc voilà, ça clashe.

Merci pour les propositions. Je pense que je vais mûrement y réfléchir avant de passer à l'action. Pas mal de facteurs entrent en jeu : le fait que j'habite toujours ici et, a priori, pour trois ans encore (ce qui commence sérieusement à me repousser comme idée); le fait que j'ai un travail monstrueux sur les bras et que je ne dois surtout rien lâcher (2 licences : 55h de boulot par semaine). Bref. Merci en tout cas pour tout ça, ça fait un bien fou de se savoir comprise et soutenue malgré tout. :D
Aotisma
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Aotisma »

Un point à savoir: si tu as été du genre à les envoyer chier globalement depuis que tu es gosse, alors les envoyer chier, et t'imposer peut être une excellente idée. Si, au contraire, tu as plutôt été du genre "je me tais et je laisse faire", c'est très très risqué.
En effet, ta famille (comme la majorité, là, malheureusement...) vit très probablement sur un schéma de souvenir. C'est à dire que si quelque chose a été, ça doit demeurer. Donc si tu as déjà poussé gueulante et autre, si tu as été du style rebelle, ça posera moins de gêne. Mais si tu étais de l'autre cas, ça explosera très fortement.

Après... tu dis, forcément trois ans chez eux, pourquoi ? Parce que la licence ? Tu peux essayer de trouver une autre ville avec une licence qui offre un truc à la con en sus, de manière à justifier de décarrer avant ça hein :P
Ma'iitsoh
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Ma'iitsoh »

Je vois ce que tu veux dire. Je ne saurais trop me situer entre les deux camps mais je crains que ce ne soit dans la catégorie "silencieuse". Car il m'ait arrivé quelques fois de pousser une belle gueulante afin de remettre de l'ordre dans les choses, et comme ces pétages de plomb sont plutôt rares chez moi, ils calmaient d'emblée tout le monde.

En vérité, j'ai de plus en plus conscience d'être soumise au système familial et c'est ce qui me répugne le plus. Les trois ans de licence à la maison sont une tradition de plus. Ma soeur y est déjà passée, alors moi je fais pareil et je ferme ma gueule, point barre. On n'envisage pas d'autres options.
Je me demande même parfois si au fond et malgré leurs dires, mes parents ne souhaiteraient pas me voir comme ma soeur. Hétéro et en couple, intelligente mais dans la norme, un caractère parfois trempé mais malléable du point de vue parental, une carrière professorale toute tracée...le simple choix de ma propre carrière a été plus que houleux et si je suis actuellement en double cursus, c'est parce qu'il s'agissait de la seule solution possible pour concilier à la fois l'avis parental et mon propre avis...

Tordu, n'est-ce pas ? Malsain, souvent...j'ai envie de réagir et je me sens lâche de ne pas le faire, et parfois égoïste d'y penser.
Aotisma
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Aotisma »

Ta famille a l'air effectivement très rigide...
Après, ouais, des parents qui espèrent des enfants normaux (au sens strict du terme, dans la norme, soit hétérosexuel, avec une famille, un chien, une maison en banlieue, les vacances en bord de mer et le frigo à quatre étages), c'est malheureusement courant et très chiant.

Tu n'as pas à te sentir lâche de ne rien faire. Tu es, actuellement, malheureusement, soumise à un choix très difficile, à savoir partir, mais ça peut foutre ton envie professionnelle en l'air, ou rester, mais fermer ta gueule pendant quelques temps. Aucun des deux choix ne peut t'être reproché.

Tu n'as, par ailleurs, à te sentir égoïste, de vouloir vivre ta vie. Cette vie, tu n'en as qu'une. Tu ne peux pas la sacrifier pour quelqu'un d'autre, et tu as un droit fondamental et ineffable à exister, et à chercher à exister en tant que toi.
Ma'iitsoh
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Ma'iitsoh »

Oui...un choix qui me laisse perplexe parce que je ne pensais pas avoir à me le poser un jour. Tout semblait toujours bien plus facile avant les premières fissures. J'avoue avoir beaucoup d'ambition et m'accrocher à des rêves d'avenir tout auréolés de lumière. De l'autre côté, j'ai besoin de me sentir entière. J'ai des vides et des désirs à combler et l'idée que ma propre famille puisse y faire barrage est insupportable. Je devrais pouvoir y faire face, à force de temps et de volonté. En étant plus mûre, aussi. Pour le moment, c'est le point zéro, le point d'impuissance.
Merci Aotisma pour tes conseils.
Aotisma
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Re: La "parfaite" philosophie

Message par Aotisma »

Tu peux te sentir entière ailleurs qu'avec ta famille. Ce qu'il faut, c'est réussir à cloisonner. Ta famille, y a des trucs qui ne passent pas, parce que vous êtes trop éloigné, ou autre. Tant pis. Tu as un but, tu as l'intention de t'y tenir, et ça implique de rester dans ce rapport un peu foireux ?
Alors sois entière avec d'autres personnes. C'est, personnellement, ce que j'ai fait. Parce que je ne me voyais pas être entier avec ma famille, que je ne me vois toujours pas l'être, et que je ne pense pas que ce soit possible un jour tant nous sommes différents. Tant pis. J'ai d'autres personnes avec lesquelles je peux l'être.
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