homosexualité et enseignement

Débats Gay et Lesbien
tkf
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Message par tkf »

Bon, répondons aux questions dans l'ordre.

Réaction des parents ? Lorsque j'ai invité l'association du MAG pour faire des interventions sur l'homosexualité et l'homophobie dans deux de mes classes, on avait fait coller dans les carnets de liaisons un mot annonçant ces interventions. Le collège a alors reçut une lettre annonyme (comme c'est courageux !!!) de parents qui n'étaient pas très contents. Depuis, plus rien. Ben ouais, j'peux pas leur répondre si je ne sais pas qui c'est !!! N'empêche que le plus important est que la majorité des gosses ont plus ou moins apprécié.

Réaction de l'administration ? Le principal adjoint est super sympa, au courant, no problème. Je ne sais pas vraiment pour la principale. Avec elle, nos conversations sont strictement professionnelles - j'ai du mal a sympathiser avec les personnes au-dessus de moi hiérarchiquement, surtout si elles ne font pas le premier pas. Donc bien sûr je ne lui ai jamais rien dit en face - nos rapports sont plus distants (je ne me vois pas parler Q avec elle par exemple :shock: ). Elle peut très bien l'ignorer, mais en même temps elle peut très bien le savoir soit parce qu'on lui a dit soit tout simplement parce qu'elle a un cerveau et qu'elle l'utilise (après tout un prof qui dit devant le conseil d'éducation à la santé et à la citoyenneté que oui il serait temps d'organiser de la prévention contre l'homophobie au collège parce qu'il n'y a pas que le sexisme qui pose problème, ben, voilà quoi - même si cela ne veut pas tout dire). Elle me soutient apparement par rapport à la lettre anonyme en tout cas.

L'inspection académique ? Quel rapport ? De plus je me suis fais inspecter peut-être deux semaines avant mon cours sur la lutte contre l'homophobie (c'était un cours sur le sexisme) alors je ne suis pas prêt de revoir mon (très sympa !) inspecteur pédagogique avant 7 ans.

Les élèves super-chieurs-relouds-voir psychopathes-qui posent de gros problèmes de discipline-qu'on se demande s'ils ne finiront pas en prison ou dans la rue (oui, pardon de l'expression, mais en même temps c'est un petit peu vrai, non,) ? Ils t'attaquent sur tes points faibles. Si tu leur montres que ton homosexualité n'est pas un point faible pour toi, ils ne t'attaqueront pas là-dessus (ah quoi perdre sont temps ?). C'est ce qui m'est arrivé. Par contre il est vrai que ce sont finalement eux les plus curieux qui viennent poser des questions sur toi (dernier exemple en date il y deux semaines "Mais comment êtes-vous devenus gay ? Comment l'avez-vous su ? çà a du être chaud !"). Et je vous rassure tout de suite, je ne suis pas encore un pro de la discipline (même si cela s'améliore d'année en année) car il m'arrive encore de me faire déborder (surtout en cette période de l'année).

La pédagogie en maths ? Des énoncés plus gay-friendly (remplaçont Marie et Olivier par Charles et Youssef), des stats (sachant que les gays et les lesbiennes représentent environ 8 % de la population, si dans l'établissement il y a 750 élèves, combien sont ou seront gays ou lesbiennes ? - :blink: oula le macarthisme va repartir de plus belle là), etc... Pour éviter les débordements, il faut à mon avis que la classe est d'abord reçut une sensibilisation sur le sujet par un des profs dans le cadre de son programme ou par une association dans le cadre du projet d'établissement, pour qu'ensuite les autres profs puissent il y aller sans trop de crainte. Rappelons-le : rien ne peut se faire sans un travail d'équipe avec tous les profs de toutes les matières ! Mais il est vrai que mes matières (histoire-géographie-éducation civique) me permettent plus facilement d'en parler.

Bon, çà y est j'ai encore écrit un roman, mais c'est pas possible ! J'suis débordé, je dois apprendre plein de chose sur Versailles pour demain et je suis là en train d'écrire depuis tout à l'heure comme si mon temps n'était pas compté. Ah la la ! Bon allez bises !
Nathan
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Message par Nathan »

tkf a écrit : Pour éviter les débordements, il faut à mon avis que la classe est d'abord reçut une sensibilisation sur le sujet par un des profs dans le cadre de son programme ou par une association dans le cadre du projet d'établissement, pour qu'ensuite les autres profs puissent il y aller sans trop de crainte. Rappelons-le : rien ne peut se faire sans un travail d'équipe avec tous les profs de toutes les matières ! Mais il est vrai que mes matières (histoire-géographie-éducation civique) me permettent plus facilement d'en parler.
C'est un préalable oui, et ça ne doit pas être facile !
Comme tu le disais plus haut, finalement, on peut ptet faire davantage de miracles dans ce type d'établissement, paradoxalement, que dans un plus "classique", car il y a tellement de problèmes que les gens sont sûrement plus soudés, plus ouverts et tolérants (je parle de l'équipe éducative).

Quant aux élèves, bah, les bahuts que j'ai préférés en pion et de loin, c'était les plus difficiles (segpa, zep), et c'est vrai tu as bien raison de dire que les élèves te respectent si tu leur apporte quelque chose, en l'occurence les limites et le respect aussi...et bien sûr si tu ne montres pas de faiblesse, comme dans ce cas.

Cela n'enlève rien du courage que tu as eu. :wink:
tkf
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Message par tkf »

J’ai lu que certains avaient peur de la réaction des élèves les années suivantes (voir lulu galipette)
Alors, nouvelle anecdote, cela s’est passé aujourd’hui.

Les personnages : tkf (moi), S (un élève que j’ai eu l’année dernière et qui est du genre à collectionner les rapports au point que sa mère l’envoie en internat l’année prochaine), C et X (que je ne connais pas). Les 3 élèves sont en quatrième.

J’ai accompagné des élèves germanistes et leurs correspondants allemands au château de Versailles. Sur le chemin du retour, dans le fond du car, les élèves s’agitent, défont régulièrement leur ceinture de sécurité, se lèvent. En aillant marre de me lever tout le temps pour leur faire ré-attacher leur ceinture, je décide de m’installer dans le fond. J’ai S à ma droite, et X et C à ma droite. Cela ne plait pas du tout à X qui n’est pas content que je sois là. Il décide alors de me provoquer.

C = « Monsieur, vous ne pouvez pas rester là, vous allez entendre toutes nos conversations ».
tkf = « Ben oui ».
C = « Mais on ne peut pas parler de tout ! »
tkf = « Ben si ».
C = (sur un ton efféminée) « Ah bon ? Alors on va parler de sujets tabous. On va parler de seeeexxxxeeeeeee. Monsieur, c’est quoi une fellation ? » Et il ricane.
tkf = (deux secondes de réflexion) « C’est ce que tu rêverais d’avoir mais que tu n’es pas prêt d’avoir avant un bon moment ».

Les deux rangs du fond rigolent hilares. « Caaaaassssééééé !!! ». S répète le dialogue à ceux qui s’étaient retournés pour demander pourquoi ils rigolaient.

C = « Ouais ben c’est pas moi qui demande une pénétration ». Mais le bruit des cris et des rires des élèves est si élevé que je pense qu’il n’y a que X et moi qui l’ayons entendu. Je fais alors mine de n’avoir rien entendu. Pas de réaction. Petite pause et il revient à la charge.

C = (sur un ton efféminé) « Monsieur, à quel âge avez-vous fait l’amour ? »
tkf = « Mais çà va pas de me poser une question pareil ? »
Pendant que les autres rigolent, je lui mets une petite tape sur la tête.
Un élève lui dit quelque chose (je ne sais pas quoi) et lui répond : « Y’en a qui l’ont fait ici ? »
tkf = « Mais réfléchie, la moyenne d’âge en France c’est 17 ans, alors ici y’a pas grand monde ! »
C = « Ah bon ? Alors vous l’avez pas fait ? »
tkf = « Mais réfléchie, j’en ai 30 ! » (j’aime bien me rajeunir).

Petite pause, et c’est repartie.
C = (sur un ton efféminé) « Monsieur on peut pas parler sexe avec vous ».
tkf = « Mais si ».
C = (sur un ton efféminée) « Mais non c’est tabou ».
tkf = « Mais non c’est pas un sujet tabou. Mais il faut au moins en parler intelligemment, et c’est pas ton cas ».
C = (sur un ton efféminé) « Mais si c’est tabou ».
tkf = « Mais non ce n’est pas tabou. C’est juste qu’avec toi, le sujet sera vite évoquée ».
C = « Pourquoi ? »
Tkf = « Ben vu ton expérience… »
X = « Monsieur, il l’a déjà fait ! »
tkf = « Sérieux ? »
C = « Ben oui ».
tkf = « La pauvre ».

Les deux rangs du fond rigolent hilares. S répète le dialogue à ceux qui s’étaient retournés pour demander pourquoi ils rigolaient. S = « Ah il t’as cassé ! T’es mort ! Laisse tomber ».
C tente de réagir en me parlant toujours de manière efféminée.
S commence à lui dire d’arrêter.
tkf = (commence à m’énerver) « Eh, j’ai bien vu que tu voulais me faire chier avec ce ton quand tu me parles. T’as quelque chose à me dire ? »
C = « Non (+ des paroles que j’ai oublié) »
S et X = (pendant que C parle, ils regardent leurs chaussures, gênés) « Allez-vas y, arrête, excuse toi »
C = (suite après les paroles que j’ai oublié) « Non je veux que vous partiez ».
tkf = « Et bien c’est raté » et je lui réexplique pourquoi je suis là (voir plus haut pour ceux qui aurait oublié).
C ne sait plus trop quoi faire, et finit par demander la permission de se lever pour aller chercher une gameboy. Je l’y autorise. Pendant son absence :

S = « Monsieur, il y a une rumeur sur vous ».
tkf = « Elle est vrai ». (c’est à chaque fois le même refrain, alors j’ai l’habitude).
S = « De quoi ? »
tkf = « Que je suis gay ».
X = « C’est pas mal çà ».
S = « Non, vous savez, on sait jamais, il y a des gens aussi qui disent n’importe quoi ».
X = « Moi cà ne me dérange pas (il me raconte une anecdote). Mais sinon je m’en fous que le prof soit gay ou pas. Ce qui compte c’est s’il est gentil ou pas ».
tkf = « Dommage, je suis une peau de vache » (mon humour est parfois à 30 centimes, je sais)
X réitère ses grosso-modo ses propos.
tkf = « Ben merci ».
Retour de C. C et S jouent à la gameboy. C’est de nouveau calme. Je leur dit alors que puisque maintenant ils sont occupés et calmes, je pouvais les laisser. Mais que je reviendrai m’asseoir là au besoin. Et je retourne à ma place au milieu du car.

5 minutes plus tard, C s’est levé pour me rejoindre au milieu du car.
C = « Monsieur, il ne faut pas que vous interprétiez mal mes paroles, je suis pas homophobe, c’était juste pour que vous partiez ».
tkf = « Je pense aussi ».
C = « Excusez-moi ». Et il est repartit s’asseoir au fond du bus. (ces amis lui avaient-ils parlé ? Mystère…)

30 minutes plus tard, lorsque je suis revenu m’installer au fond car d’autres élèves s’agitaient, C m’a parlé très respectueusement.

Ai-je vraiment besoin de faire un commentaire ?
Ps : Oui, je sais, parfois je suis allé un peu loin, mais quand on me cherche… c’est plus du réflexe qu’autre chose…
Nathan
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Message par Nathan »

tkf a écrit : Ps : Oui, je sais, parfois je suis allé un peu loin, mais quand on me cherche… c’est plus du réflexe qu’autre chose…
Ben c'est clair que des réflexes, vaut mieux en avoir désormais, et les bons !
T'aimes le sport cérébral toi !
:wink:
tkf
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Message par tkf »

Nathan a écrit :
tkf a écrit : Ps : Oui, je sais, parfois je suis allé un peu loin, mais quand on me cherche… c’est plus du réflexe qu’autre chose…
Ben c'est clair que des réflexes, vaut mieux en avoir désormais, et les bons !
T'aimes le sport cérébral toi !
:wink:
C'est le métier qui te l'apprend : instinct de survit. Je peux te dire que je n'ai appris à vanner que depuis l'année dernière, comme quoi un établissement hard, çà te transforme.
ExMembre L

Message par ExMembre L »

ben moi aussi j'ai appris à répliquer comme tout le monde et à me détacher pour garder mon sang froid, mais vanner sur un truc qui me touche réellement émotionnellement, je pesne que j'aurais pas les épaules...en tout cas pas encore. Faudrait déjà que j'apprenne à le faire dans la vraie vie mais déjà quand je me mets en scène en tant que prof la leçon a eu du mal à passer c'est pas dans ma nature de trancher , ni de passer par la vanne humiliante, comme ça. Je suis plus tournée explication, respect, etc. Mais pour toi ça a été payant c'est cool.

Comme quoi quand même, tu es amené à te défendre régulièrement sur le sujet...je pense que c'est tout de même jouer avec le feu...moi avec mes 100/100 magrébins....pfffiouh! je sais pas si je m'en sortirais.
tkf
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Message par tkf »

Non, en fait, c'est la première fois qu'on m'a "attaqué" sur le sujet. Je ne suis donc pas amené à me défendre régulièrement. Bien au contraire en fait, j'ai 20 fois plus de paroles gentilles ou de marques de soutien (même s'il n'y a pas grand chose à soutenir, mais bon), du type celle de X (voir précédent message), ou du type "C'est génial", "C'est bien", "C'est courageux", etc... J'ai même déjà eu des conversations "décontractées" (comprendre en dehors des cours) avec des élèves que je connais ou pas sur l'homosexualité. La dernière fois, c'était il y a trois ou quatre semaines lors d'une sortie au château de Guédelon, dans un car là encore, où j'ai répondu à la curiosité de plusieurs élèves ("Comment on devient gay?", "C'est quoi le gaydar? Cà marche comment?", « Comment vous l’avez su ? », "Vous êtes combien?", etc...).

Il est évident que le dialogue et l'écoute sont les deux mamelles de la transmission du respect et de la tolérance. La vanne humiliante ne peut être qu'une arme de dernier recours lorsque le dialogue a échoué et n'est plus possible, et que les sanctions deviennent improductives. Et encore. Cela reste assez immoral. Tu sais, j'en utilise peu, et lorsque je me rends compte que cela était injustifié, j'en culpabilise, et généralement je m’en excuse. Mais bon, là, pour moi, il l'avait bien cherché. Et puis, c'est vrai qu'en sortie scolaire, je suis plus décontracté, alors je ne me comporte pas de la même façon qu'en classe. C’est peut être pour cela que je suis passé directement à la vanne. Ou peut-être aussi parce qu’après 1heure30 dans un car remplis de gosses relativement bruyant on commence franchement à avoir mal à la tête – d’où moins de patience (on peut dire que je les ai senti passé ces 2h30 de trajet dans les bouchons à Paris…).
ExMembre L

Message par ExMembre L »

ok, cool le château de gedelon c'est pas celui qui est en train de se fabriquer à l'ancestrale?
Thanatos
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Message par Thanatos »

Oui, tout à fait, c'est dans l'Yonne pas très loin d'Auxerre 8)
tkf
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Message par tkf »

Exact. Le chateau est construit au premier tiers : il y a les fondations, 1/4 des murailles, ils finisssent de construire les deux premières tours et commencent le donjon.
lulu galipette a écrit : ... mais déjà quand je me mets en scène en tant que prof la leçon a eu du mal à passer ...
Au fait, de quelle leçon tu parles ? Je n'ai pas bien compris...
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