La suède rétropédale sur le traitement des ados trans

Débats Gay et Lesbien
Norma
Messages : 9598
Inscription : dim. janv. 10, 2010 10:20 pm

La suède rétropédale sur le traitement des ados trans

Message par Norma »

Coucou,

J'ai vu que le débat s'enflammait un peu partout sur le sujet - avec grosse récupération réac en mode "je vous l'avais bien dit que c'était un effet de mode d'ados gauchissses".
Seulement, l'article du figaro (seule source originale française que j'ai trouvé rapportant la situation suédoise) est sous paywall, donc, voici le lien pour les abonnés :

https://www.lefigaro.fr/international/f ... r-20210614

Et voici l'article que j'ai débusqué :ninja:
Spoiler : :
Face à la vague des transgenres, la Suède commence à douter Par Frédéric Faux 11-13 minutes

ENQUÊTE - Le plus prestigieux hôpital de Suède revoit son protocole et ne donne plus d’hormones aux mineurs. Le premier pays au monde à avoir reconnu le droit des transgenres va-t-il faire marche arrière?

Stockholm

Pour raconter ce qui est arrivé à sa fille, Asa préfère montrer l’album où elle l’a prise en photo, chaque mois, à partir de ses 14 ans. «Voilà l’époque où Johanna s’est mise à couper ses cheveux très court, à mettre un bandage de poitrine pour l’aplatir», commence-t-elle. Les clichés se succèdent, le sourire disparaît, le visage s’émacie: «Elle est tombée malade, l’anorexie. À l’hôpital, j’ai remarqué qu’elle suivait des comptes transgenres sur les réseaux sociaux. Elle m’a annoncé qu’elle souffrait de dysphorie de genre, qu’elle ne supportait plus son corps… Elle a décidé de devenir Kasper, un garçon.»

Son visage alors apparaît plus affirmé, cheveux teints, air viril. Et puis, à 19 ans, Johanna réapparaît en fille, lueur énigmatique dans le regard: «C’est un voyage qui a duré deux longues années, s’émeut Asa. Ma fille a changé de genre, d’identité, mais elle a ensuite eu l’immense courage d’avouer son erreur. Je suis très fière d’elle.»

À lire aussi :Enfants trans: quand la volonté de changer d’identité bouscule l’école

Ce «voyage», comme le dit Asa, de nombreux adolescents suédois l’ont fait. Le pays a été le premier au monde, en 1972, à reconnaître la dysphorie de genre, ce mal-être provoqué par l’inadéquation entre son sexe biologique et son identité de genre, et à donner la possibilité d’officialiser cette transition à l’état-civil. Le premier, aussi, à offrir des soins pour conforter les transgenres dans leur démarche: devenir un homme quand ils sont nés femmes, ou l’inverse.

Tous les traitements sont pris en charge dans des cliniques publiques, dès 16 ans: bloqueurs de puberté pour les plus jeunes, injections de testostérone ou d’œstrogènes, opération de la poitrine, orthophonistes pour changer sa voix, épilation, greffe de barbe, etc. À partir de 18 ans, l’administration autorise enfin l’opération des parties génitales, créant un pénis à partir du clitoris ou avec de la peau, modelant un vagin par inversion de la verge ou avec un morceau d’intestin.

«Retour en arrière»

D’où l’incrédulité provoquée en mars 2021 par la décision du prestigieux hôpital Karolinska. Ce pionnier de la dysphorie, dépendant de l’institut qui décerne le prix Nobel de médecine, refuse désormais le traitement hormonal aux nouveaux patients mineurs, sauf dans le cadre d’une étude clinique. Il invoque le principe de précaution et s’appuie sur une compilation d’études montrant qu’il n’y a pas de preuves de l’efficacité de ces traitements, pourtant irréversibles, pour le bien-être des patients. La prise à vie de ces hormones pourrait aussi favoriser les maladies cardiovasculaires, certains cancers, l’ostéoporose, les thromboses. Les 100 jeunes déjà suivis à Stockholm, et non concernés par cette nouvelle politique, devront d’ailleurs signer un document les informant de ces risques.

De nombreuses familles sont désespérées, car elles voient leurs enfants souffrir et elles savent qu’elles n’auront pas de traitement Ann-Christine Ruuth, présidente de Transammans

Cet arbitrage a profondément choqué les transgenres suédois et les associations qui les représentent. Pour RFSL Ungdomar, qui s’adresse aux adolescents, c’est «un retour en arrière». «De nombreuses familles sont désespérées, car elles voient leurs enfants souffrir et elles savent qu’elles n’auront pas de traitement», ajoute Ann-Christine Ruuth, présidente de Transammans.

La Suède, cependant, n’est pas le seul pays à revoir sa politique de soins. Au Royaume-Uni, la jeune Keira Bell, opérée de la poitrine et traitée aux hormones, a gagné fin 2020 son procès contre la clinique de Londres qui avait donné son feu vert trop rapidement, estime-t-elle, pour une transition qu’elle regrette aujourd’hui. Depuis, les traitements y sont soumis à une décision judiciaire pour les 16-18 ans, et refusés aux plus jeunes. En juin 2020, c’est la Finlande qui a changé ses recommandations en donnant la priorité à la thérapie psychologique.

Surdiagnostic

Ce qui alarme les praticiens, c’est l’emballement des courbes. De phénomène rarissime, touchant quelques individus dès la petite enfance, la dysphorie de genre est devenue une pathologie de masse, apparaissant avec l’adolescence. «En 2001, seules 12 personnes de moins de 25 ans avaient été diagnostiquées… en 2018, c’était 1859, constate Sven Roman, psychiatre pour enfants, qui travaille comme consultant dans toute la Suède. Tous les ados sont touchés, mais surtout les filles de 13 à 17 ans qui veulent devenir des garçons: entre 2008 et 2018, l’augmentation dans cette tranche est de 1500 %. En Suède, il y a maintenant plus de filles que de garçons qui reçoivent de la testostérone!»

Le constat est le même pour les opérations chirurgicales. Selon le professeur Mikael Landén, auteur d’une thèse sur le transsexualisme, en moyenne 12 personnes par an seulement demandaient un changement de sexe dans les années 1972-1992… Aujourd’hui, elles sont plus de 2000.

À lire aussi :Adolescents transgenres: «Il existe un vrai phénomène de mode aux États-Unis»

«Nous sommes devenus plus visibles, et cela amène plus de gens à réfléchir sur leur identité, à faire leur coming out», explique Jêran Rostam, nullement déconcerté par cette inflation. Mais pour Sven Roman, sa cause est tout autre: il y a surdiagnostic. «Tous les adolescents ont des soucis d’identité, de recherche de soi, sans être pour autant atteints de dysphorie, martèle-t-il… Leur problème disparaît le plus souvent au début de l’âge adulte avec la possibilité de devenir homosexuel, ou pas.»

Autre indice inquiétant: ces jeunes patients souffrent souvent d’autres troubles psychiatriques comme l’autisme, la dépression, l’anxiété. Ces pathologies, qui pourraient expliquer une supposée dysphorie de genre, peuvent être traitées sans prise d’hormone, ni chirurgie. Mais cette réalité est parfois mal acceptée par les patients, si sûrs d’eux-mêmes qu’ils refusent de se soumettre à une évaluation complète de leur santé mentale.
Bon, y a des soucis dans l'article (dernier paragraphe où la covalence d'une maladie mentale ou d'un neuroatypisme est vue comme une raison de moins prendre au sérieux les personnes trans, et de sous entendre que le neuroatypisme peut être "traité" ... :roll: .
Cependant, l'article est mois caricatural que les transcrition qu'en font ... et les transphobes, et les militants trans tweeter.

Je retiens plusieurs choses :
- La suède n'est pas la seule à avoir modifier son protocole pour les mineurs, c'est aussi le cas du Royaume Unis et de la Finlande
- Des cas de procès ont eu lieux au R-U de personnes ayant fait une transition et la regrettant jugeant que l'avale leur avait été donné trop facilement, avec trop de légéreté. Factuellement, il existe des cas de personnes mal diagnostiquées, ou changeant de rapport au genre après transition.

- L'accent est mis sur la multiplication des "cas" d'ado trans, passant de 12 à 1900/ an en 20 ans.
Si on regarde la démographie du pays, il y a 1 100 000 15-24 ans dans le pas, donc surement dans les 500 000 13-18 ans.
On passe de 0,0024% à 0,38%.
Sur ces volumes, je pense qu'on peut raisonnablement se dire que c'est juste mieux connu, diagnostiqué plus tôt et que les gens sortent plus vite du placard.
- Mécaniquement, forcément, si t'as une augmentation des volumes, y a une augmentation des erreurs.

- Plus interressant, le pasasge où est précisé que des cohortes d'études ne montraient pas d'augmentation du bien-être des patients après transition.
Là dommage, pas de lien vers ces études dans l'article, et ça ça m'emmerde.
Parce que pour le coup, si il n'y a vraiment pas de mieux être mental des personnes trans après transition (ça va à l'encontre de ce que j'observe, mais j'ai peut être un biais à ne voir que des trans heureux les autres restant chez eux, ou faisant semblant d'être bien) alors c'est un vrai soucis à régler pour améliorer le bien être des personnes trans.

Si vous souhaitez ajouter de l'eau au moulin, c'est à vous (dans le respect mutuel et surtout sans transphobie merci).
Helheim
Messages : 286
Inscription : dim. août 10, 2014 3:23 pm
Genre : icone de genre garcon

Re: La suède rétropédale sur le traitement des ados trans

Message par Helheim »

Je trouve la partialité de l'article dérangeante...
Il invoque le principe de précaution et s’appuie sur une compilation d’études montrant qu’il n’y a pas de preuves de l’efficacité de ces traitements, pourtant irréversibles, pour le bien-être des patients.
Je suis d'accord. Où sont ces études ? Tant qu'on ne nous les aura pas montré, c'est une affirmation gratuite et ce qui est avancé sans preuve peut être rejeté sans preuve.
Autre indice inquiétant: ces jeunes patients souffrent souvent d’autres troubles psychiatriques comme l’autisme, la dépression, l’anxiété.
En tant qu'autiste asperger, je trouve aussi à gerber le fait de considérer ça comme une pathologie.

Ceci dit, si on met de côté ce manque de connaissance sur le sujet, je constate personnellement que beaucoup d'autiste asperger de mon entourage ont des sexualités atypiques et je me demande si ça va necessairement ensemble.

Il y a aussi que en France, on observe une explosion des diagnostic d'autisme, en partie parce que c'est mieux diagnostiqué. Est ce que ça serait la même explication (un meilleur diagnostic) qui explique l'augmentation des cas de dysphorie de genre ?
dorinewp
Messages : 68
Inscription : jeu. mars 01, 2018 7:57 pm

Re: La suède rétropédale sur le traitement des ados trans

Message par dorinewp »

Je pense que tu as tout dit Norma dans ton analyse.

Par ailleurs, je pense aussi que, certes dans une moindre mesure, il pourrait, cela reste à démontrer, y avoir effectivement un certain "effet de mode" du au fait que les ados se cherchent et pensent trouver la cause de leur mal être là alors qu'il est du à d'autres facteurs. Et que quelque part, dans certains cas, trouver la cause de son malheur dans ça est plus rassurant.
L'affaire citée dans l'article est très grave. J'espère que la personne pourra se sentir en paix avec elle même malgré l'irréversibilité de l'opération.
Répondre