Fade Out a écrit :Effectivement, tout le monde n'a pas conscience de ce qu'il met sur Facebook. Mais le problème, est-ce Facebook, ou les utilisateurs qui ne savent pas l'utiliser ? Je penche plutôt pour la deuxième solution : il faut apprendre à se servir de ce nouvel outil. On en n'est qu'au début.
Et c'est là que je suis vraiment en désaccord. Je ne pense pas que la responsabilité soit exclusivement d'un côté ou de l'autre. Il y a plusieurs facteurs qui poussent les utilisateurs à divulguer, consciemment ou non, des informations personnelles.
1. Pour en avoir discuté avec une amie qui a fait une brève inscription sur Facebook, il semble [je n'ai pas testé] que le site lui même soit très demandeur d'informations personnelles à travers telle ou telle applet requise pour accéder à X ou Y information, et qu'il est très difficile de s'en défaire.
2. L'effet de foule joue aussi un rôle dans la surexposition d'informations personnelles. Lorsque nombre d'amis veulent s'ajouter à vos contact, veulent partager des informations relatives à des évènements privés par exemple, il y a fort à parier que vous serez plus enclin à livrer des informations personnelles aussi. C'est un peu comme conduire sur une route au trafic dense, où tout le monde roule à 10km de plus que la limite. Essayez de conduire à la vitesse limite...! La seule technique absolument efficace que j'ai trouvée jusque là est le limiteur de vitesse. Mais je doute que cette technique soit transposable aux réseaux sociaux, sauf par un cadrage très précis des informations que l'utilisateur peut renseigner, comme dans le cas de la majorité des réseaux professionnels.
3. Enfin sur le plan personnel, les psychologues ont noté que le caractère virtuel du net facilite le partage d'informations personnelles à des inconnus. C'est une faiblesse facilement exploitable, qui mise dans le contexte des deux précédents points, prend une dimension non négligeable dans la maitrise de chacun face à la diffusion d'informations personnelles.
Donc dire que c'est uniquement la faute de l'utilisateur, in fine, c'est tout à fait juste. Néanmoins il y a ce que j'appellerais des circonstances atténuantes. L'une d'elles, et non des moindres, étant le site lui même qui pousse à livrer des informations personnelles et à les afficher au grand jour, exploitant au passage le manque de conscience de l'utilisateur face aux risques d'exposition.
En matière de législation, je ne vois que deux directions pour protéger les utilisateurs de ce phénomène sans déresponsabiliser:
1. Veiller à ce que les informations personnelles, ainsi que leur durée de vie, restent sous contrôle total de l'utilisateur et qu'elles ne soient partagées qu'avec l'accord explicite des parties. Quand on voit ce qu'il en est des fichiers d'état comme le STIC, à l'accès pourtant restreint, on se dit que la mise en pratique de ce contrôle n'est déjà pas gagnée...
2. Veiller à ce que tout service Internet (ça pourrait aussi s'appliquer à Velib ou à Navigo) n'exige aucune information personnelle non nécessaire au bon fonctionnement du service, et anonymise les accès au service en dehors du cadre de services personnalisés. Ce qui revient grosso modo à interdire le data-mining sans anonymisation des données...
En y pensant, j'ai soudainement le sentiment que la capitalisation des sociétés proposant des réseaux sociaux subirait une chute vertigineuse en mettant en application ces deux règles...
Accessoirement, il y a très probablement un troisième aspect, plus difficile à cadrer : le pays de stockage des informations personnelles... Dans la mesure où il n'y a en vigueur aujourd'hui aucune loi internationale de protection de la vie privée sur Internet, on peut se poser la question de la localisation des serveurs contenant les informations personnelles divulguées sur ces services... Le vide de régulation internationale est une aubaine pour les sociétés et services internationaux. Je doute que vous puissiez saisir la CNIL pour demander à Facebook de vous livrer toutes les informations qu'ils ont collectées vous concernant, et puissiez vous assurer que tout à bien été divulgué... Un exemple bien établi est AmEx qui mentionne dans son contrat que les serveurs collectant les données sur vos transactions (et donc vos lieux de fréquentation, dépenses, goûts, mode de vie, etc.) sont localisés aux Etats Unis, pays très permissif en matière de collecte et d'exploitation de données personnelles...