Rire de tout ? Et avec qui ?

Débats Gay et Lesbien
Norma
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par Norma »

je pense que l'humour - ou même les propos pas drôle mais "choquant" - ne devraient pas s'adapter au public, s'édulcorer pour éviter à tout prix d'être mal compris ou de blesser.

pour moi, la perception des propos est une chose qui s'exerce, se rode, un cuir qui se tane et s'endurcit, un peu comme la peau sous les pieds : si on ne marchait pas avec, elle resterais fine et fragile.

Si on prend soin que le public susceptible ne soit confronté à rien qui le bouscule, il restera dans cette fragilité épidermique !

Et c'est en général ce que cherchent à faire les provocateurs : bousculer, écorcher, pour enclencher des changements de perceptions, d'angle de vue, éviter la sclérose morale.
spécimen
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par spécimen »

Mais justement, c'est là où l'on voit la limite de cette logique.

Cela me fait penser à l'hyper-sécurité alimentaire au sujet de la microbiologie intestinale. Pour faire un parallèle avec ton dernier post Norma, tout le monde sait qu'un estomac (+ système intestinal) d'africain est bien plus résistant que celui d'un européen. Tout le monde sait que celui d'un européen est plus résistant que celui d'un américain. Ça vient du fait que pendant notre vie, nous sommes confrontés à différentes bactéries entrant dans le système digestif et qui vont peu à peu sensibilisé, habitué l'organisme à les combattre. Ou mieux, quand elles ne sont pas pathogènes, à modifier la biodiversité de la flore intestinale. Ce qui fait aujourd'hui qu'un américain a plus de chance d'être ennuyé avec un bête Escherishia coli (le simple, pas l'entérohémorragique hein), alors qu'un européen, et à fortiori un africain ne seront que simplement dérangés temporairement.

Cela reviendrait à dire qu'il faut inonder le monde de sarcasmes, de cynismes pour immuniser tout le monde ?!? Qu'il faudrait regrouper tous les "sensibles" de la planète pour leur administrer de quoi les désensibiliser ? On voit bien là que c'est matériellement impossible, d'autant plus que les provocateurs ne représentent qu'une frange marginale de chacune de nos sociétés.
Les traumatismes des dernières guerres sont encore profondément ancrés dans la conscience collective. Il y a même encore des survivants des exactions perpétrées contre une ethnie, une religion (et je ne pense pas qu'à la seconde guerre mondiale)

Comment dans ces conditions ménager la chèvre et le chou sans nier/galvauder les souffrances qu'ont enduré ces personnes ?

Que dire de la réaction du "CA" du festival à l'encontre de von Trier ? Personnellement, et ce ne sera une surprise pour personne ici, je la trouve normale. Si von Trier avait été sur une scène, avec un nez de clown, s'il avait "chauffé" la salle depuis 1 heure déjà avant de faire cette "sortie", je pense cela aurait été perçu différemment. Pas sûr qu'il n'y aurait eu aucune réaction, mais je pense que la pilule serait mieux passée. Et puis au moins, cela aurait eu moins de portée qu'une déclaration au festival...
Norma
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par Norma »

je me baserais sur les travaux sur les trauma de boris cyrulnk pour te répondre que ce qui mine les survivant d'horreur, ce'est justement le tabou les empechant d'en parler.

le "on ne veut pas savoir", le "on ne veut pas que tu raconte ces horreurs", qui nient leur souffrance bien plus profondément qu'une blague de mauvais gout.

Tout ça pour ne pas être déranger, ou pour ne pas choquer les ames sensibles.

je ne is pas que le sarcasme est un remède pour autant, ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit. je dis qu'il ne peut pas faire de mal au long terme, alors que l'aseptisation des discours, lui, sur le long terme, est, d'après moi, nocif.

le silence poli fait plus de tord que les mots maladroits.

Ensuite, regrouper tous les niais pour les traiter ... non mais franchement, je ne vois pas pourquoi pousser la logique de ce que je dis conviendrait à une systématisation de ce genre, ni à une réduction de la liberté de conscience, à une manipulation de masse, comme ton exemple le laisserait penser. C'est pas du tout mais du tout l'idée !!!!

Pourquoi dénoncer un excès reviendrait à prôner un excès inverse ?
spécimen
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par spécimen »

Norma Jean a écrit :je me baserais sur les travaux sur les trauma de boris cyrulnk pour te répondre que ce qui mine les survivant d'horreur, ce'est justement le tabou les empechant d'en parler.
"Parler" implique qu'il faut un échange, à savoir, un qui parle et l'autre qui écoute, puis répond. Le premier qui a parlé devient alors celui qui écoute, et un dialogue s'installe avec respect des opinions de l'autre et partage d'idées. Ce n'est pas ce qui se passe quand un provocateur lâche un sarcasme dans un article sur le net, dans un journal, sur une scène ou dans un festival pour se faire mousser, pour faire le "buzz", pour créer l'évévnement.

On n'est plus dans l'écoute constructive/patiente/attentive de l'autre pour faire avancer un débat, déconstruire une souffrance, apaiser des tourments comme le propose B.Cyrulnik puisque tu choisis cet exemple.
Norma Jean a écrit :le silence poli fait plus de tord que les mots maladroits.
Toi-même tu proposes un excès inverse Norma :^^: Je n'écris pas qu'il faut se taire. J'écris juste qu'il faut le faire avec des mots mûrement réfléchis, mûrement soupesés afin de ne pas blesser/interloquer/choquer. L'humour peut être un bon moyen pour dédramatiser une souffrance, une blessure, mais il m'est avis qu'il s'agit là de haute voltige, c'est à dire qu'il faut marcher sur des œufs. Mais l'humour n'est pas le seul moyen pour parler gravement de choses sérieuses sans déranger, sans choquer les âmes sensibles.
Norma Jean a écrit :Pourquoi dénoncer un excès reviendrait à prôner un excès inverse ?
J'avais pris le contre-pied à l'exact opposé par passion, comme d'habitude. Mais le simple fait de faire cette proposition sous la forme interrogative indiquait déjà justement le surréalisme de ma proposition.

Cela me fait penser également à Timsit qui avait, lors de l'un de ses spectacles, oser comparer les trisomiques à des crevettes. C'est un autre "tabou". il s'est fait descendre par une kyrielle d'ADAPEI et d'associations de personnes handicapées. Sa carrière était finie s'il n'avait pas eu la clairvoyance d’accepter, tout en s'excusant, la main tendue de ses pourfendeurs pour mener le combat à son tour, à leur côté en promulguant ces associations. Inutile de préciser qu'à l'époque, par conviction j'avais participé à la fronde, et parce que je baigne dans ce milieu depuis que je suis né. C'est encore là un très "bel" exemple que le sarcasme, l'humour ont des limites, et que l'on ne peut pas tout dire sous ce prétexte au risque de choquer.

Je ne prône pas qu'il faille lisser tout ce qui dépasse, qu'il faille préférer le politiquement correct à tout prix. Je dis juste qu'il faut adapter son discours à ceux qui sont susceptibles de l'écouter en prenant garde à ne pas abuser de sarcasmes sous couvert d'humour avec pour risque de blesser.
Goupil
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par Goupil »

L'idée c'est pas de noyer les gens sous les sarcasmes, mais d'arrêter de s'offusquer de tout. L'humour fait réflechir, il pose des questions, il dénonce, mais il n'est pas vecteur de haine. C'est pour ça qu'il est important de prendre sur soi dans un premier et d'essayer de comprendre ; le but n'est pas de se désensibiliser, au contraire, mais d'apprendre à se concentrer sur les vrais problèmes : ce qui choque attire notre attention, c'est le côté artistique de l'humour, mais le fond a tout autant d'importance.
spécimen
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par spécimen »

Goupil a écrit :L'idée c'est pas de noyer les gens sous les sarcasmes, mais d'arrêter de s'offusquer de tout.
Il me semble cela sera difficile dans la mesure où nous sommes un tout. Chacun a ses propres souffrances, chacun a ses propres troubles, ses propres difficultés. Tout le monde ne réagit pas de la même façon sur les blagues des blondes, des pd, des juifs, des belges, des handicapés etc... parce que tout le monde n'a pas dans son entourage des blondes, des pd, des juifs, des belges, des handicapés etc... Et donc ce n'est pas toutes les personnes qui s'offusquent en même temps de tout. Mais c'est la variété de personne qui s'offusquent chacune d'un sujet précis et qui, mises ensemble dans une société, donnent le sentiment que la société s'offusque de tout. Et généralement, les gens s'offusquent à la suite d'une douleur, d'une blessure personnelle. Et le sarcasmes n'est certainement pas le meilleur moyen de dédramatiser.

J'avais lu un article intéressant d'une personne qui décryptait le sketch de Desproges sur les juifs (et la Shoah). Desproges allait au delà du sarcasme et de la moquerie. Il tournait complètement en dérision les atrocités qui se sont déroulées au milieu du siècle dernier en faisant des amalgames et en exagérant dans le but d'accentuer la gratuité, l'atrocité, l'incompréhensibilité de ladite Shoah. Le procédé était tellement évident que même un juif trouvait ça drôle.
Goupil a écrit :L'humour fait réflechir, il pose des questions, il dénonce, mais il n'est pas vecteur de haine.
Quand c'est bien fait peut-être. Quand c'est mal fait/maladroit, c'est offensant, voire insultant. Cf von Trier au festival. Et tu penses que l'humour est le seul moyen de poser des questions ?
Goupil a écrit :C'est pour ça qu'il est important de prendre sur soi dans un premier et d'essayer de comprendre ; le but n'est pas de se désensibiliser, au contraire, mais d'apprendre à se concentrer sur les vrais problèmes : ce qui choque attire notre attention, c'est le côté artistique de l'humour, mais le fond a tout autant d'importance.
Tu penses que l'humour est le seul moyen d'attirer notre attention. Tu ne penses pas que des mouvements, des associations, des manifestations, des actions, du lobbying ne permettent pas aussi de se concentrer sur les vrais problèmes ?
Goupil
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par Goupil »

Déjà non, j'ai jamais dit que c'était le seul moyen de faire passer des idées :gn: Décidemment je devrais retourner en primaire pour apprendre à parler o_O
Je comprend pas trop d'où tu veux en venir, puisque l'humour peut être offensant et qu'il existe d'autres moyens, on ne devrait pas en faire ? Tu peux m'éclairer ? :ah:


Pour le reste (la première de mes phrases que tu as cité), j'ai vraiment l'impression que tu vas chercher trop loin dans tes interprétations, personne n'a dit qu'il fallait noyer les gens sous des sarcasmes, point. La sensibilité à l'humour noir et tout ce qui s'en rapproche ça reste très personnel et c'est pas le problème ; on aime ou on aime pas, on trouve ça de mauvais goût ou pas. Par exemple dans l'histoire de Von Trier il s'est fait lynché sans raison. Peut-être qu'il a un humour de merde et qu'il est maladroit, ça n'enlève rien au fait qu'il n'y avait rien de nazi dans ses propos.
anonymeB

Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par anonymeB »

l'humour n'est pas le seul moyen pour parler gravement de choses sérieuses sans déranger, sans choquer les âmes sensibles
spécimen a écrit :Il me semble cela sera difficile dans la mesure où nous sommes un tout. Chacun a ses propres souffrances, chacun a ses propres troubles, ses propres difficultés. Tout le monde ne réagit pas de la même façon sur les blagues des blondes, des pd, des juifs, des belges, des handicapés etc... parce que tout le monde n'a pas dans son entourage des blondes, des pd, des juifs, des belges, des handicapés etc... Et donc ce n'est pas toutes les personnes qui s'offusquent en même temps de tout. Mais c'est la variété de personne qui s'offusquent chacune d'un sujet précis et qui, mises ensemble dans une société, donnent le sentiment que la société s'offusque de tout. Et généralement, les gens s'offusquent à la suite d'une douleur, d'une blessure personnelle. Et le sarcasmes n'est certainement pas le meilleur moyen de dédramatiser.

J'avais lu un article intéressant d'une personne qui décryptait le sketch de Desproges sur les juifs (et la Shoah). Desproges allait au delà du sarcasme et de la moquerie. Il tournait complètement en dérision les atrocités qui se sont déroulées au milieu du siècle dernier en faisant des amalgames et en exagérant dans le but d'accentuer la gratuité, l'atrocité, l'incompréhensibilité de ladite Shoah. Le procédé était tellement évident que même un juif trouvait ça drôle.
Tu cites un exemple qui, à mon avis, va juste dans le sens inverse de ce que tu racontes.

Il y a, je pense, différents types d'humour, comme par exemple l'humour "bon enfant" et l'humour que tu appellerais "sarcastique".

Le premier a pour effet de détendre les gens, et je suis d'accord avec toi, celui-ci n'a pas besoin d'être moqueur pour exister.

L'humour "sarcastique", lui, quand il est bien fait en tout cas(comme dans le cas de Desproges que tu cites), c'est une arme, c'est un moyen de faire réfléchir les gens. Évidemment, une partie de la population "rit jaune", d'ailleurs dans le cas de Desproges il n'est pas difficile d'imaginer que d'anciens déportés ont du hurler d'effroi en l'entendant dire qu'il ne comprenait pas ce qui dérangeait chez Hi**tler.

C'est une manière (efficace) de parler d'une chose, de pousser les gens à s'y intéresser et à y réfléchir. C'est même parfois un des seuls moyens "politiquement correct" de s'attaquer à des sujets qui ne le sont pas, voire qui sont tabous. D'ailleurs, ce n'est pas parce que le terme "humour" est utilisé qu'il faut forcément penser à "rigolade bon enfant". Certains films d'humour noir ne font absolument pas rire à plein poumons, au contraire, ils font juste grincer des dents et dérangent parce qu'ils osent parler de choses desquelles "il ne faudrait pas parler".. et c'est le but.

Après, comme pour tous les tabous, il y a des gens qui en souffriront, mais de toutes façons, le problème n'est pas forcément l'humour utilisé mais le sujet en lui-même, et je pense qu'un documentaire très sobre sur les atrocités de la WWII peut tout aussi faire souffrir certaines personnes qu'un spectacle comique sur ce sujet. Je me souviens de gens qui pleuraient (et pas qu'un peu, et pas que des vieux..), dans la salle de cinéma quand je suis allé voir "La Rafle", qui reste pourtant bien sobre comparé à d'autres films. On ne peut pas tout passer sous silence sous prétexte que ça pourrait choquer les âmes sensibles, bien au contraire, si ça choque les âmes sensibles c'est qu'il FAUT en parler.

Personnellement, je vois l'humour sarcastique et provocateur, même -a fortiori?- s'il est très choquant, comme le plus humaniste de tous. Les gens qui ne se posent pas la question d'adapter leur humour à leur public sont à mon avis, paradoxalement, ceux qui ont le plus d'empathie, les plus humanistes et qui ont les convictions les plus fortes. Il n'y a qu'à voir Coluche et ses "Restos du Coeur", tiens.

Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'ils sont bien conscients, je crois, du mal qu'ils peuvent faire. D'ailleurs, même si Desproges disait qu'"On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde", il ne respectait pas cette philosophie et n'hésitait pas à parler de sujets que tout le monde évitait.

Le problème actuel, c'est qu'il faut tout passer sous silence ou bien en parler dans des termes politiquement correct sous prétexte de ne pas choquer une très grande minorité de gens imperméables à l'humour ou au second degrès. Pourquoi? Je ne sais pas, et c'est bien dommage: aujourd'hui, Desproges ou Coluches n'auraient JAMAIS été accueillis comme il l'ont été à leur époque, ce qui eut été dommage au regard de ce qu'ils ont apporté autant comiquement qu'humainement.

Quand au cas Lars Von Trier, c'est encore une fois la victoire du tabou-isme et du politiquement correct, mais de toutes façons Cannes n'est qu'une mascarade, une parodie de festival cinématographique qui ne sert qu'à engranger du fric et rassembler les peoples au même endroit pour qu'ils puissent se faire photographier, bref, il faut plaire au plus de monde possible. Autant dire que la décision du CA ne m'étonne absolument pas, mais paradoxalement, je suis prêt à parier que ça va pousser énormément de gens à s'intéresser à Von Trier.
spécimen
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par spécimen »

Goupil a écrit :Déjà non, j'ai jamais dit que c'était le seul moyen de faire passer des idées :gn: Décidemment je devrais retourner en primaire pour apprendre à parler o_O
Euuh, je posais une question puisque ma phrase se terminait par un point d'interrogation. J'ouvrais la discussion sur ce point précis de la façon de faire passer des idées.
Goupil a écrit :Je comprend pas trop d'où tu veux en venir, puisque l'humour peut être offensant et qu'il existe d'autres moyens, on ne devrait pas en faire ? Tu peux m'éclairer ? :ah:
Ce que je disais, puisque l'humour, quand il est mal fait, peut blesser, autant peut-être utiliser d'autres façons pour faire réfléchir, pour faire passer un message, autant prendre alors la manière qui risquera le moins la blessure. Non ?
Goupil a écrit :Pour le reste (la première de mes phrases que tu as cité), j'ai vraiment l'impression que tu vas chercher trop loin dans tes interprétations, personne n'a dit qu'il fallait noyer les gens sous des sarcasmes, point.
Déjà répondu à Norma sur ce point précis, j'ai rétrogradé il me semble.
Goupil a écrit :La sensibilité à l'humour noir et tout ce qui s'en rapproche ça reste très personnel et c'est pas le problème ; on aime ou on aime pas, on trouve ça de mauvais goût ou pas.
Et bien si justement c'est bien là le problème. C'est bien parce que c'est subjectif, c'est bien parce qu'on ne connaît pas le "passif" de son auditoire qu'il est "audacieux" de faire des "sorties" qui risqueraient de blesser une partie sous couvert d'humour.
Goupil a écrit :on trouve ça de mauvais goût ou pas. Par exemple dans l'histoire de Von Trier il s'est fait lynché sans raison. Peut-être qu'il a un humour de merde et qu'il est maladroit, ça n'enlève rien au fait qu'il n'y avait rien de nazi dans ses propos.
C'était clairement de mauvais goût, c'était clairement maladroit.
Je crois que tu es mal informé. Le conseil d'administration du festival n'a pas dit que les propos de von Trier étaient nazis, mais :
Conseil d'administration du festival a écrit :«Le Festival de Cannes offre aux artistes du monde entier une tribune exceptionnelle pour présenter leurs oeuvres et défendre la liberté d'expression et de création» et «regrette profondément que cette tribune ait été utilisée par Lars Von Trier pour exprimer des propos inacceptables, intolérables, contraires aux idéaux d'humanité et de générosité qui président à l'existence même du Festival»
Et il ne s'est pas fait lyncher sans raison, il a juste été déclaré "persona non grata", et son film reste toujours en compétition.

@ Brutaldeath, je suis d'accord avec ton post.
Tout de même 4 points de précision.
1- Au sujet de l'éventuelle contradiction dont j'aurais fait l'objet. J'ai écrit "l'humour n'est pas le seul moyen pour parler gravement [...]" Et oui, je reconnais que des comiques qui maitrisent le procédé peuvent utiliser ce moyen pour parler de sujets graves tout en dédramatisant, mais ils sont rares.

2- En ce qui concerne un film comme "La rafle", j'ajouterais aussi "La liste de Schindler", oui ce sont des films qui font (et qui m'ont fait) pleurer de par le sujet abordé, et de la façon dont il a été abordé/montré dans toute la réalité des faits réellement passés. Mais ils ne font pas pleurer par provocation, ils font pleurer parce que c'est la réalité "crue" plus ou moins romancée pour s'adapter au support du film avec la complexité des profils des personnages et toutes les implications qu'il peut y avoir et qui peuvent entrer en résonance avec le spectateur lui-même et sa sensibilité. Ce n'est pas la même blessure (enfin du moins je fais une différence peut être inexistante pour toi) que celle provoquée par sarcasme ou humour déplacé.

Raaagh, je n'arrive pas à pointer du doigt la différence entre ces 2 types de présentations, je périphrase pour reformuler différemment. Dans le cas d'un documentaire, d'un film relatant des faits réels, on te livre l'information brute. En gros, tu te débrouilles avec ton vécu, ton expérience, tes connaissances, ta sensibilité, ton libre arbitre pour "digérer" l'information. Il n'y a pas de filtre. L'information (plus ou moins romancée, avec donc une part de fiction dans le rôle des acteurs et de leur émotion, mais totalement exacte dans le cas d'un documentaire historique) est brute, est directe, au spectateur d'en faire ce qu'il veut, de la traiter comme il le souhaite. Cela peut aller jusqu'à pleurer, ok.
Pour le cas de l'humour qui peut blesser, c'est déjà une information filtrée/orientée, frontale que le comique émet à son auditoire. Il instille déjà une vision personnelle sur sa façon de voir les faits, il impose sa vision des faits, sa façon de comprendre/interpréter les faits pour prendre le parti du contrepied dans la diffusion de son information (et non de l'information). Je ne sais pas si je suis clair, l'information dans ce cas, est déjà tordue/orientée, est déjà largement/profondément modifiée et ne reflète pas la réalité et, surtout, ne permet plus à l'auditoire d'appliquer son propre filtre de compréhension, c'est là que la blessure peut intervenir. En gros, "on m'oblige à penser d'une manière qui n'est pas la mienne et qui ne correspond pas à mes valeurs, principes, idéaux etc...". Quand c'est dans le cadre d'un spectacle payant, cela induit forcément un acte réfléchi et réalisé en connaissances de causes de la part du spectateur qui y va de son propre chef. Quand c'est une bourde lancée devant des dizaines de cameras à l'occasion d'un festival par exemple, là c'est plus ennuyeux. Car bien évidemment dans l'assistance, il y aura des personnes qui n'auront pas les mêmes "bagages" (j'entends par là expérience, vécu, sensibilité etc...) qu'un von Trier. D'ailleurs ne nous y trompons pas, la vidéo montre que lui aussi était mal à l'aise de la façon dont il en a parlé. Il se sentait aussi je pense sur la pente glissante.

Sincèrement, je ne sais pas si j'ai été clair. Je suis près à répondre à tes questions pour effacer les zones d'ombre si tu en ressens ou des contradictions dans ce que j'écris.

3- Coluche était en salopette et maquillé je te rappelle. Il avait déjà cette manière personnelle de planter un contexte, un peu à la manière du petit pictogramme en bas à droite de l'écran qui indique "interdit au moins de X ans". Il avait également la voie transformée. Bref, il y avait un immense panneau clignotant autour de lui pour dire : "et c'est de la déconnade ce que je dis, il ne faut pas me prendre au sérieux". Et étonnamment, quand je l'écoutais, quand je l'écoute/vois, je ne suis pas choqué parce qu'il y a ce contexte qui dit clairement, "je suis en mode déconnade". Et il était capable de capter tout autant son auditoire, et d'être pris au sérieux quand il a lancé les restos du cœur.
Desproges me choquait déjà, et puis je ne comprenais rien à ce qu'il disait. Mais je n'avais pas la grille de lecture adéquate pour écouter et comprendre ses sketches.
Et je ne pense pas qu'il y ait seulement "une très grande minorité de gens imperméables à l'humour". Il y a tellement de sujets "tabous" chez tellement de populations/ethnies/continents différents que l'humour a effectivement beaucoup "d'ennemis" quand c'est mal fait. Va faire une blague sur les tchétchènes en Russie par exemple... ou une blague sur les basques au nord-ouest de l'Espagne. On en reparle de la minorité de personnes imperméables... je suis même près à lancer les paris !

4- D'accord avec toi pour le festival, le strass et les paillettes, le m'as-tu-vu. C'est un autre débat dans le débat.

Edit : je crois que je ne suis pas cohérent sur l'histoire de Coluche... Mais je ne suis plus à un paradoxe près... :ninja:
Norma
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Re: Rire de tout ? Et avec qui ?

Message par Norma »

pour coluche, je dirais juste que je trouve ca triste de devoir mettre un panneau indicateur, des sous titre et une grosse fleche rouge, avec des clignotant fluo, pour se rendre compte si ce que dit quelqu'un est de l'humour ou pas.

Visiblement il a eu raison de le faire. Mais dans ma grande naiveté je pensais que la jugeote des gens suffisaient.

Euh, sinon, quand il disait "non je déconne", c'était un peu souvent avant de dire des choses très sérieuses. Je rejoint mes petits camarade : les masquer sous un couvert d'humour était juste la seule façon de pouvoir les dire sans se faire censurer, ou tout simplement ignorer.

... choisir la manière qui causera le moins de blessure pour communiquer, disais tu ....Moi je dirais plutôt qu'il faut choisir la seule manière d'être écouté.

"on connait pas le passif des gens qui composent l'auditoire". Et quoi ? On interdit aux berger allemands de sortir dans la rue parce que peut etre qu'une personne a été mordue ? On ne représente plus d'araignée par ce qu'il y a peut etre un phobique qui pourrait voir l'image ? Les gens sont ADULTES, ils sont pas en sucre. faut arrêter de vouloir les mettre dans une bulle éthérée et ouateuse ! c'est pas ça la vie !

Sur lars von trier, je désapprouve la position de cannes.
D'où on obligerais le sgens qui y vont à avoir un discours qui soit généreux et humaniste ? Moi qui pensait que le cinéma était une façon de faire entendre sa voix, tuote variée soit elle. Là ils veulent juste imposer un discours, un système de valeur à tous leurs participant. C'est pa miss france, merde, c'est de l'art !

Ensuite, je ne suis meme pas d'accord avec leur analyse.

Dire "je comprend hitler", c'est dire qu'on comprend comment un être humain peut en venir à commettre des horreurs, et c'est beaucoup plus humaniste que de dédouaner l'être humain de tout vice en disant simplement "c'est un monstre". Car non, c'est pas un monstre mais un humain, et oui, c'est pas agréable pour notre vision de l'humanité. Mais pourtant, il faut comprendre ca si on veut pouvoir se prétendre humaniste. l'humanisme n'est pas un angélisme, mais au contraire une attention portée à tous. Y compris les criminels les plus odieux.
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