Et puis sur le thème de contrôle : d'accord avec toi Kefka, l'humain ne peut pas devenir une cocotte-minute sans exploser ^^
Du coup plutôt que de parler de "contrôle" au sujet de la jalousie ou du manque de confiance en soi, j'aurais plutôt tendance à employer les termes "compréhension" et "travail".
Un contrôle, c'est une action/ un principe/ une règle qui s'applique à une pulsion/ un affect sans le/la modifier, mais en essayant de l'étouffer. Image : cocotte-minute. Le risque c'est qu'avec la pression, ça explose. On a une énergie, on a un pare-feu, on essaie de mettre un pare-feu sur l'énergie directement, mais c'est dangereux parce que ça implique de se séparer en deux : comme tu disais Kefka, d'un côté celui qui contrôle et de l'autre celui qui est contrôlé - finalement c'est faire de soi un ennemi et je ne pense pas que ce soit très efficace.
Contrairement au "contrôle", la compréhension et le travail modifient les données initiales. Comprendre c'est déplier, trouver des explications, aller chercher les racines. C'est radical, au sens étymologique de radical (ça va chercher la racine). On constate : "je suis jaloux/-se". Et au lieu de se dire "la jalousie c'est mal, donc, taisons tout ça au fond de nous", on se dit "ok, je ressens de la jalousie, pourquoi ? de quoi ai-je peur ? est-ce que je peux apprendre à avoir moins peur ?" ou "qu'est-ce que je peux faire de cette jalousie qui est bien là et bien présente se transforme en autre chose ? est-ce que je peux dévier sa force vers autre chose ? l'utiliser pour me connaître mieux ? etc." Et bien sûr que c'est beaucoup plus facile de faire ce travail avec l'autre. Le rôle du partenaire est essentiel : être rassurant, être présent, ne pas prendre en charge les peurs de l'autre mais les accompagner, les entendre, etc. En fait ça suppose vraiment d'avancer main dans la main et d'avoir beaucoup de patience et de confiance, des deux côtés. Ça suppose aussi le dialogue, la mise en commun des ressentis. Quand on commence à se dire "je vais tout régler tout-e seul-e" et à voir l'autre comme un-e ennemi-e, c'est foutu...
J'ai peur des araignées (c'est vrai). Au lieu de faire semblant que j'ai pas peur des araignées [contrôle] parce que c'est la honte d'être un gros animal et d'avoir peur d'un petit, quitte à m'évanouir si je rencontre une grosse araignée, je peux petit à petit m'accoutumer à voir des photos d'araignée, des objets représentant des araignées, puis de vraies araignées [travail]. En espérant qu'au bout du compte j'arrêterai de m'évanouir quand je vois une grosse araignée. C'est ce que je fais d'ailleurs : j'en suis actuellement à l'étape "porter une boucle d'oreille en forme d'araignée". Eh ben quand je vais dans la cave de mes parents maintenant j'ai moins peur. Je n'ai pas contrôlé ma peur, je l'ai apprivoisée et modifiée pour qu'elle soit moins paralysante. En fait c'est la même chose qui se passe si mon gars me parle de "gens en général" avec qui il pourrait sortir : la possibilité m'effraie, parce que je vais toujours imaginer des personnes parfaites, divines, surhumaines. Mais déjà mes peurs se calment s'il mentionne telle personne en particulier : là c'est comme avoir telle espèce d'araignée en photo plutôt que de fantasmer sur l'horreur des araignées en général qui me fait trembler la nuit. L'araignée X, c'est telle sorte d'araignée, elle a un nom, etc., on peut en faire le tour, la circonscrire, c'est beaucoup moins effrayant. J'avais un ami qui trouvait, en regardant les objets dans le noir, qu'ils paraissaient toujours trois fois plus grands qu'à la lumière du jour. C'est vrai que quand on a éteint les lumières on voit parfois des formes inquiétantes. Dans le noir au lieu de voir les choses on les imagine. L'araignée dans le noir, elle a l'air gigantesque, on la rêve énorme, paralysante. C'est un peu pareil pour moi au sujet des amours plurielles. Si quelqu'un-e dont je suis amoureuse est aussi amoureux/-se de quelqu'un-e d'autre, c'est parfois très difficile de lutter avec le fantôme des amours plurielles en général, le spectre. Mais si je vois l'autre partenaire de mon partenaire en question, que je me rends compte que c'est un être humain comme moi, mortel, qui sent pas bon des fois, qui est pénible des fois, et qui peut être aussi une personne gentille, drôle ou sympathique que je peux apprécier, me voilà rassurée. C'est une question d'habitude, je pense, et d'apprivoiser. Bien sûr on ne peut pas apprivoiser n'importe qui, il y a des gens qu'on ne peut pas "sentir", on est une espèce animale, donc territoriale, et on ne laisse pas n'importe qui entrer dans notre nid, partager nos brindilles et nos miettes.
Mais.
Il y a un sentiment très curieux qui se produit parfois chez les polyamoureux et qui est le contraire de la jalousie : ça s'appelle la compersion. C'est la faculté de se réjouir pour l'autre quand on le sait "entre de bonnes mains", avec quelqu'un d'autre. Ça m'est déjà arrivée une paire de fois de ressentir ça, c'est un sentiment agréable, tranquillisant. Au lieu de se centrer sur notre propre peur d'être abandonné-e, on se centre sur le plaisir de partager.
Enfin n'allez pas imaginer non plus que je suis complètement capable de mettre de l'harmonie partout, moi aussi j'ai mes crises d'estime de soi, de jalousie, etc, un jour j'ai même eu une crise de jalousie qui m'a prise de surprise et m'a paralysée des jambes pendant quelques minutes
Je vais répondre au reste dans la partie "polyamour", j'ai vu que tu l'avais nourrie Floridjan et que ça avait suscité d'autres réactions, il est temps que je vienne remettre mon grain de sel. Notamment sur la question : comment on peut avoir le temps matériellement et l'investissement émotionnel pour aimer plusieurs personnes ?