Chère Brou,Brouzouf a écrit :Je pense que je comprends ce que tu veux dire, sauf le bout de phrase en gras. C'est un "tu" général ici, n'est-ce pas ?Katy Mini a écrit : Le plus difficile aurait été de ne pas assumer mon choix, mais ce n'est pas parce que je subis de ne pas assumer mes choix, que ce ne sont pas des choix (hein, simple non?) : j'aurais pu très bien choisir d'être homo et en même temps ne pas l'assumer, rien d'incongru là-dedans. Ce sont mes contradictions internes qui m'auraient fait mal.
Quoiqu'en fait, en te citant, je m'aperçois que je ne comprends pas du tout. Non, en fait je ne vois pas comment ce peut être un choix et en même temps ne pas l'assumer. Tu parles d'un choix inconscient ? Mais non puisqu'avant cela, tu parles de culture de soi... Est-ce que tu sous-entends que le désir a quelque chose à voir avec la volonté, même s'il ne s'agit pas d'une volonté raisonnée ? Enfin, j'ai l'impression de ne pas avoir les concepts qu'il faut pour comprendre...
En effet c'est un "je" de généralité.
Illustration. Je passe devant un marchand de glaces. J'adore les glaces. Oui mais je fais un régime sec au pain et à l'eau avec pour motivation de perdre une os (contre l'avis de mon docteur, mais avec le soutien de Biba). Le régime est un choix. Le fait de le casser aussi. Si je bouffe la glace, je vais contre un désir pour en réaliser un autre. Je suis pris dans une contradiction qui me fera soit ressentir le remord d'avoir mangé la glace soit le regret de ne pas l'avoir dégusté pour rentrer dans un 38 alors que mon 42 me va pas si mal. Quelque soit mon choix, je ne l'assume pas et pourtant c'est aussi mon "choix" de ne pas l'assumer (ça aurait été plus simple de prendre une glace aux épinards mais bon).
En bref : Je (de généralité) me reconnais homo mais pour x raisons, parfois justifiées, je n'arrive pas à trouver la force pour rendre mon attitude cohérente. J'ai, par exemple, peur de ce que mes parents vont dire et pourtant j'aimerais qu'ils le sachent, j'ai honte de mes désirs et pourtant je les cultives intensément dans l'intimité de mes fantasmes, etc. Toute une suite d'attitudes contraires qui créent des tensions qui deviennent vite envahissantes.
Bien sûr, très loin de moi l'idée de dire que le désir est fait d'un bloc de conscience. Je (katy mini) vois mal comment on peut nier l'inconscient. Mais le goût des autres, je crois, s'apprivoise et s'ajuste au fil du temps. Je suis triste de voir que certaines personnes plutôt au fait de la diversité des choses et en quête de beauté ont les mêmes goûts et les mêmes fantasmes que lorsqu'ils avaient quinze ans (je n'ai rien contre cet âge, bien au contraire, j'aime juste le prendre en exemple de la genèse du désir/expérience sexuel). Les féministes de la première vague disent "le personnel est politique". Ce qui veut, entre autres, dire qu'il ne faut pas prendre le désir pour une pulsion pure, qu'il y a du goût et de la culture dans nos penchants. Si je n'avais fait pas l'effort d'être curieux, j'en serais encore (comme à mes quinze ans^^) à aimer le beau mâle au sourire mega bright sentant le sable chaud. Mais pour mille raisons, en grandissant cela ne collait plus avec mon état intellectuel et émotionnel : j'avais vécu des échecs, j'avais connu la difficulté des relations humaines, et j'ai appris combien ce n'est pas tout d'aimer une belle image. Puis je me suis lâché, je suis sorti avec des garçons qui étaient aux antipodes les uns des autres, j'ai vu, j'ai ajusté, j'ai découvert. Ma plus grande découverte fut de constater combien mon désir est protéiforme, beaucoup moins figé que je l'aurais cru et que m'enfermer dans le carcan "je suis homo et j'y peux rien" c'était mettre la clé au dehors, être soumis à mon désir. Or, et encore une fois c'est moi qui parle, ne pas remettre en question son désir, oser croire qu'il n'y a rien à dire et à faire à ce propos, c'est subir son désir, voguer au gré de ses aléas. Alors que de jouer avec soi à un jeu où il y a des règles qu'il faut éprouver, transgresser et contourner, en clair rentrer dans un dialogue introspectif avec ses désirs nourrit le désir et le fait déborder du cadre des conventions qui imposent trop souvent de jouer à un jeu qu'on n'a pas choisi (et surtout ne pas s'imposer des fantasmes ou des règles toutes faites, repris du manuel "comment pimenter votre vie de poulpe").
Tout ça fait partie d'une culture de soi, d'une démarche volontaire. Oui, tu me permets d'ajuster mon propos : si un jour je n'ai pas eu le choix, aujourd'hui j'ai le recul nécessaire pour l'avoir et ce recul m'est permis par la "remise en jeu" constante de mon désir. Il y a encore long à dire, mais j'ai déjà été trop long. Mais j'espère avoir apporté un début de réponse.
Voilà