Moooooog a écrit :Olivierz a écrit :Dans la seconde partie de
L'effet papillon d'aujourd'hui (7 juin), il y a un excellent reportage sur le réveil des athées US, qui débattent même du mariage gay.
Je me retrouve vraiment dans l'athéisme us, et sa culture du débat sans tabou ni dogmes (avortement, mariage gay).
Ce qui est intéressant dans leur approche, c'est qu'ils utilisent les mêmes techniques pour forger une communauté athéiste. Un des aspects qui a fait la force des religions est justement ce caractère social (communautaire) maintenu à travers les messes hebdomadaires et les évènements majeurs de la vie. L'autre point est la constitution d'un socle de valeurs humanistes qui sert de référent commun.
Le problème des athées à travers le monde est peut-être justement de ne pas s'être fédéré à travers un socle commun de valeurs, et un support socialisant. Utiliser les méthodes classiques des religions pour fédérer les athéistes, pourquoi pas. C'est peut-être le moyen le plus efficace de faire poids contre ces religions qui tentent d'affubler les athéistes de toutes perversions humaines...
Faudra pas venir se plaindre en contre-coup de l'américanisation du monde
Parce que "Utiliser les méthodes classiques des religions pour fédérer les athéistes", ce n'est que reproduire la structure sociale du modèle américain.
Je rappelle tout de même ces points (paradoxaux) qu'on tend à oublier :
- la société américaine est une société de communautés ("community", c'est un autre nom pour dire "commune", "quartire", etc.) : un américain ne se conçoit pas en dehors dd'un groupe, ou d'un réseau de groupes. D'où l'importance (parfois caricaturale à nos yeux) que prennent les dénomination : les identités se définissent par rapport à des catégories, qui, elles, portent des valeurs de groupes sociaux.
- la culture américaines et une culture orale : valorisation du narratif (le storry telling qu'on épingle aujourd'hui est un pur produit d'une culture qui s'ancre dans l'oralité - "show and tell" (voir Calvin et Hobbes) est une activité scolaire par laquelle tous les petits américains sont normalement passés.
Faut-il y voir la conséquence de la façon dont la société américaine émerge de communautés le plus souvent religieuses et porteuses toute d'un projet d'utopie, où prédication et nécessité de convaincre en assemblée de l'intérêt de son apport de choses nouvelles ? Je ne sais pas, c'est sans doute trop sommaire, comme explication. Mais je suis à peu près certain qu'il y a de cela.
Tout ça pour dire : étant de la vieille et sans doute trop subtile Europe, je me méfie comme de la peste des étiquettes - et plus encore de celles que s'auto-attribuent les penseurs. E4est-ce un défaut de ne jamais vouloir jeter le bébé avec l'eau du bain ? C'est sans doute moins efficace pour nettoyer la baignoire. Mais ça évite d'avoir à inventer la rhétorique des dégâts collatéraux pour se donner une bonne conscience semeuse de problèmes à long terme.
Dans le combat que certains athées mènent contre toute religion, je ne vois que vieille pagaille et incitation aux raidissements dogmatiques des adversaires. Sans compter une bonne dose de raisonnements hâtifs, fort irritant lorsqu'ils proviennent de so-called rationalistes - ou, devrais-je dire, de thuriféraires de la raison, quand ce n'en sont pas des "théologiens" (ou des dévots) ?
Je peux encore me permettre de renvoyer tout ce petit monde là dos à dos, parce que le débat en Europe n'a pas la même tenue de hargne, de détournement d'arguments, et de haine que trop souvent on lui entend aux Etats-Unis d'Amérique. Je crains cependant que cette option ne soit pas très longtemps viable. Mais je détesterais d'avoir à choisir mon camp entre un athéisme dogmatique - et souvent aveugle à certaines des bonnes choses qui peuvent se jouer dans le religieux - et impérialisme religieux dont l'objectif est de refaire le monde à la convenance des salopards qui le dirigent - souvent eux aussi aveugles aux mêmes bonnes choses qui se jouent dans le religieux, il faut dire.
Le plus souvent, le débat avec les religions reste un combat
politique. La question de l'existence ou non de Dieu - pour citer ce thème - n'est que rarement traitée pour elle-même. Elle reste subordonnée à un enjeu tant moral que et politique (détermination des normes du jugement et de l'action valant pour tous). Rarement à un enjeu éthique. Plus rarement encore à un enjeu spirituel. Ce faisant, on castre la question des deux seules dimensions qui, à mon sens, sont réellement intéressante. On instrumentalise de coup la notion de Dieu aux profit de "simples" questions de pouvoir d'un régime de croyance sur un autre.
Une religion qui procède ainsi est une chienne - et l'athéisme qui lui répond en miroir, un eunuque secrètement zoophile. C'est dire à quoi on doit s'attendre en entrant dans la lice. Bon courage !
