A propos de la crise...

Débats Gay et Lesbien
Tempérance
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Message par Tempérance »

Fade Out a écrit :Concernant le secteur de l'informatique, le seul que je connaisse a peu près, on a tous les 8 ans environ une sorte de crise qui commence par une baisse de la bourse, suivie d'une baisse des investissements informatique, une baisse des prix et une concurrence accrue dans tous le secteur. Les société les plus faibles ferment. Puis 2 ans plus tard les investissements reprennent, d'autant plus que les projets ont été mis en plan pendant plusieurs années, et on manque à nouveau de main d'oeuvre, puis les prix montent, les entreprises du secteur croissent.
Peut être que ça sera différent cette fois, peut être que la dépression sera plus dure cette fois, mais je n'ai pas l'impression que les politiques ni ceux qui détiennent le pouvoir économique ont envie de changer fondamentalement le système.
Il faudrait probablement réorienter l'économie vers l'écologie, la fin du gaspillage, le social, le bien être plutôt que la bonne santé financière... mais dans ce cas ce sera à la base d'en prendre conscience. Les tenants du système actuel sont trop agrippés à leurs privilèges.
Je le penses aussi :?

Il faudra bien plus pour faire bouger les bases, d'autant plus qu'après avoir vu hier au soir la dernière mouture de l'émission "C'est dans l'air" sur le thème, mais peut-on augmenter les salaires, après ça ? (là c'est mon titre à moi en fait, le leur est moins fun :huhu: ), on se retrouve toujours avec la thèse suivante :

- Pour augmenter les salaires il faut augmenter la production, pour cela, il faut faire de l'investissement, pour ce faire il faut du profit, si on décide de donner une augmentation (en commençant par le smic) sans penser à l'investissement (qui amènerait du profit), là, la machine se dérègle, parce que les entreprises se fragiliseront en donnant des sous aux salariés et à l'état, ce qui compromet toute augmentation de la production, donc il y aura peu d'investiments et pas de profits :ninja:

Et pas de profit = il serait illusoire de seulement envisager une augmentation de salaire :blink:

Waaaaaa, je suis même pas sure d'avoir tout percutée :huhu: si ça se trouve, c'est tout le contraire :euh:

Autre débat, si les salaires augmentent, les prix vont-ils aussi augmenter, donc, à quoi sert une augmentation ? Et les gens, dans ce cas préfèreront acheter chinois plutôt que français (pour certains), parce que d'autres préfèreront continuer à épargner plutôt qu'à flamber 8)

C'était pas la foire d'empoigne mais c'était rock and roll quand même :mrgreen:
Mizc
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Message par Mizc »

Intéressant ce sujet ...

Oui c'est la crise, qui n'était que limitée à l'économie financière l'an dernier à cause de la pagaille liée au défaut de remboursement des subprimes, se propage en 2009 sur le plan de l'économie dite "réelle" (à savoir les entreprises, et par conséquent sur le pouvoir d'achat des gens).

D'après les informations que j'ai pu avoir sur le sujet, l'une des racines du mal pour le système actuel serait le fait que depuis quelques années, on préfère rémunérer le capital plutôt que le travail (comprendre : les actionnaires demandent des retours sur investissement de fou, compris entre 15 et 40% alors qu'ils n'étaient que de l'ordre de 5% vers 1980), et on préfère donc satisfaire lesdits actionnaires de peur qu'ils aillent placer leurs sousous ailleurs, plutôt que d'augmenter les salaires. :?

Bref je pourrais continuer longtemps sur les constats désabusés de ce qui ne tourne pas rond dans le système actuel.

Certains prônent la décroissance (ce qui a par ailleurs une dimension écologique), solution que je trouve intéressante mais un peu extrême.

D'autres encore, arguent que ce sont les symptômes de la transition vers une économie nationale qui sertait une économie de services uniquement, et que ça ira beaucoup mieux quand on sera dans cette économie de services, justement. Je pense que ce point de vue nationalo-centré est quand même bien biaisé aussi.

De toutes façons, aujourd'hui il n'y a plus qu'eux qui pourront nous sauver
:innocent: :arrow:
Kefka
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Message par Kefka »

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tkf
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Message par tkf »

Les salaires représentent un coût dans la production qui se répercutent forcément dans les prix.
A niveau de production égal, toute augmentation des salaires provoque une augmentation des prix, et donc de l'inflation. Bref, il est donc illusoire de croire que l'on peut augmenter les salaires des gens artificiellement pour accroitre leur pouvoir d'achat car leurs gains de salaires seront automatiquement bouffés par l'inflation que ne manquera pas de suivre immédiatement après : c'est ce qui c'est passé par exemple en 1936, lorsque le Front Populaire à accorder des augmentations de salaires de 7 à 15 %.

Si l'on veut accroitre les salaires sans que cela ne provoque de l'inflation, il n'y a que deux solutions :

- la première, la plus évidente, est de se débrouiller pour que l'augmentation des coûts des salaires soit compensée par une diminution des autres coûts de production afin que les prix restent inchangés. Etant donné que l'on ne peut pas beaucoup jouer sur les charges fixes (coûts des matières premières, de l'énergie, des transports, de la publicité...), le seul moyen est d'augmenter la productivité, de telle façon que le prix de production par unité diminue. Mais pour augmenter la productivité sans engager plus de salariés, il faut dans ce cas investir dans la modernisation des moyens de production, ce qui demande des moyens financiers, une trésorerie, et même un prêt bancaire, ce qui est plutôt difficile à avoir en ce moment à cause de la crise. Voilà pourquoi il ne faut pas compter sur les augmentations de salaires en ce moment. Les Guadeloupéens doivent ainsi se préparer à d'amers lendemains face à leurs illusions de revendications salariales car leurs compétitivités salariale et productive ne sont pas corrélées.

- la seconde, moins évidente, est tout simplement de ne plus réfléchir en terme de compétitivité en cherchant à rivaliser sur les prix (ce qui limite la progression des salaires), à cause d'une trop grande concurrence qui nous est de toute façon défavorable en terme de coûts salariaux (oui, à qualité égale, mieux vaut acheter chinois). Il faut chercher la compétitivité ailleurs, en terme de qualité, mais surtout d'innovation. La seule façon de conserver des parts de marchés et ainsi préserver voir augmenter les salaires est de créer nous-mêmes de nouveaux marchés pour lesquels il n'existe que peu de concurrence, et donc moins de contraintes salariales. Notre avenir économique ne peut passer que par l'innovation. Mais le problème est qu'en France la culture industrielle fait que les entreprises investissent peu dans la recherche et le développement, d'où un retard technologique toujours croissant par rapport à beaucoup d'autres pays industrialisés qui plombe là encore notre compétitivité.


Ainsi, une des principales solutions à la crise à long terme est d'aider les entreprises à se moderniser pour qu'elles améliorent leur productivité ou leur innovation technologique. Le passage à une économie "verte", qui représente un véritable enjeu technologique, industriel, commercial et sociétal, peut être une opportunité qu'il ne faudrait pas oublier de saisir, car cela est un véritable nouveau marché sans trop de concurrence actuellement et qui peut stimuler la consommation. Ce qui nécessite aussi d'aider les banques, qui financent les prêts qui permettront cette innovation technologique, et financent les particuliers pour consommer ces nouveaux produits "verts" en masse. C'est sûr, cette solution ne se rapproche pas du tout du modèle de la décroissance que certains aimeraient voir venir, mais la décroissance ne me parrait pas réaliste avec le taux de chômage actuel.

Bien sûr, il faut répondre à la crise aussi à court et à moyen terme, d'où des aides pour favoriser ou maintenir le pouvoir d'achat et donc stimuler la consommation et donc la croissance, mais il est vrai que les médias ont créé une psychose qui encourage plus à économiser qu'à consommer.


Je reste enfin assez choqué par les remarques de certains qui disent qu'ils ne voient pas la crise, et que donc la télé en parle trop. Ben si, elle est là : c'est juste que dans notre société à deux vitesses, vous avez la chance d'appartenir au bon côté de la barrière, celle où l'herbe reste encore verte. Preuve en est que vous avez les moyens de payer le superflu comme internet. Parce que moi aussi, comme Willou, j'en constate les dégâts. Par exemple, j'ai un amie restauratrice : et bien son chiffre d'affaires a fortement diminué, car les gens vont moins au restaurant. Oui, rappelons-le : il y a de plus en plus de faillites d'entreprises. De même, moi qui travaille dans un collège dans une cité, et bien le chômage y augmente fortement, et c'est normal, car sa population est constituée en grande partie de personnes peu ou pas qualifiées, qui ont des emplois précaires : ce sont eux les premières victimes de la crise. Ce sont eux qui gonflent les statistiques du chômage. Et visiblement vous ne les voyez pas. Mais il est vrai que les politiques urbaines se sont débrouillées pour que vous ne viviez pas à côté d'eux...
Mnasidika
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Message par Mnasidika »

OFF-Topic :
Je m’excuse de faire encore du off-topic mais je veux juste répondre à Zünisch et Draff au sujet de l’augmentation des cancers. Ce que j’ai dit se réfère aux déclarations du Professeur Dominique Belpomme, président de l’association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse, à la tribune de l’unesco dans le film « Nos enfants nous accuseront » (http://www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/) : 70% des cancers sont liés à l’environnement dont 30% à la pollution et 40% à l’alimentation.
Vous pouvez vous reporter à l’appel de Paris (http://www.artac.info/static.php?op=Pre ... &npds=1%22) qui est une déclaration faite à l’unesco par des scientifiques de renom au sujet de l’incidence de l’environnement sur la santé et qui stipule je cite : « que l’incidence globale des cancers augmente partout dans le monde ; qu’en ce qui concerne les pays fortement industrialisés, l’incidence des cancers est globalement croissante depuis 1950 ; que les cancers touchent toutes les tranches d’âge, aussi bien les personnes âgées que les personnes jeunes ; que la pollution chimique, dont l’amplitude exacte est encore inestimée, pourrait y contribuer pour une part importante »

Voilà c'est tout, pardon pour l'interruption
Fade Out
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Message par Fade Out »

tkf : je me demande si la croissance verte et la décroissance ne pourraient pas se rejoindre (au moins en partie), si on se posait la question de quelle croissance on veut. Tout le système politique et économique regarde un mauvais indicateur qui est le PNB, c'est à dire ce que nous produisons.
Dans une ère de la surabondance de l'offre, cela me parait viser un mauvais objectif (on crée des besoins inutiles afin de faire tourner l'économie, mais cela n'apporte pas forcément une meilleure qualité de vie réelle et globale, seulement une qualité perçue individuellement. Un exemple simple : boire du coca cola et aller voir un diététicien, plutôt que de boire de l'eau et garder la ligne). On sait aussi que le PNB a d'autres gros défauts, par exemple il augmente en cas de catastrophe naturelle, car on doit reconstruire.

Avec un autre indicateur, ne pourrait on pas faire une croissance économique (grâce à des innovations qui apporteraient un gain en qualité de vie) tout en diminuant notre production, ou du moins notre consommation de ressources non renouvelable ?

Ce nouvel indicateur (ou nouveau modèle économique ?) devra résoudre les problèmes suivants : actuellement on rémunère des gens qui détruisent les ressources non renouvelables, car elles ne sont pas valorisées. Et les gens sont prêts à payer pour détruire leur santé (malbouffe, drogue, etc). Ou encore : si on inventait des robots intelligents et pas cher à produire qui bosseraient à notre place, dans le système actuel cela provoquerait une grosse crise et un taux de chômage immense, alors qu'on aurait une qualité de vie bien meilleure.
zphyr
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Message par zphyr »

Tout à fait d'accord, fade out ! :copain:
Kefka
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Message par Kefka »

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tkf
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Message par tkf »

Mouais... Je ne suis pas du tout convaincu par la théorie (je ne veux même pas la qualifier de concept) de la décroissance. Parce que honnêtement elle est bancale sur plusieurs points.

Tout d'abord, si on doit consommer moins, cela veut dire qu'il y aura moins de gens pour produire et distribuer ces produits "inutiles". Alors ils vont faire quoi ces gens ? Ben ils vont pointer au chômage. Sachant qu'on en a déjà pleins, on ne peut pas dire que cette solution va résoudre les problèmes du chomage et de la réduction de la pauvreté. Si elle peut être une solution utopique à la crise écologique, elle n'est en rien une solution à la crise économique. Au contraire, elle l'agraverait. Il faut dire que cette théorie a été forgée à une période de quasi-plein emploi, voilà pourquoi l'auteur n'y a pas assez pensé. A mon sens, la théorie n'est valable que si la population diminue aussi. Si la population est par contre stagnante (comme en Europe) ou croissante comme aujourd'hui sur la Terre (rappelons que nous sommes toujours en pleine transition démographique), ben çà ne peut pas marcher.

Ensuite, la théorie de la décroissance considère toujours l'homme comme un consommateur, un homo-économicus. On lui demande de consommer moins au nom de l'intérêt général et des générations futures. Sauf que l'aspect psychologique est complètement négligé. Parce que finalement, l'auteur ne s'est à mon sens pas assez interrogé pour comprendre pourquoi les gens consomment. Ce n'est pas seulement parce qu'ils y sont poussés par la société de consommation, c'est aussi parce qu'ils en ont envie, parce qu'il y a un aspect de plaisir (d'acheter, de posséder, d'obtenir ce qui nous plait). Cet aspect psychologique qui peut motiver les achats des produits non essentiels est complètement sous-estimé, et cela entre en total contradiction avec la volonté de moins consommer et donc de résister à la tentation de se faire plaisir en acquérant ce que l'on veut. Seule une certaine maturité psychologique peut faire réaliser à une personne que des produits ne sont pas essentiels. Et cette maturité s'acquiert en général par le fait d'avoir d'abord déjà possédé, pour réaliser les erreurs de consommation. Or, cette acquisition de "maturité consommatrice" ne s'acquiert qu'individuellement, c'est le résultat d'une expérience personnel, et non le résultat d'une culture transmissible de génération en génération (il me semble). D'où un caractère utopique à la décroissance car elle devrait obliger les hommes à réfreiner leurs envies : cela serait une véritable dictature au nom de l'écologie ! Certes, la cause serait juste, mais sans liberté, le système serait forcément remis en cause et renversé.

Enfin, la théorie de la décroissance veut miser sur la volonté de renoncer à consommer trop. Mais pour renoncer, il faudrait alors déjà avoir. Mais tout le monde n'a pas. Il n'y a qu'à voir en France et dans les pays dits développés les millions de personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté et rêvant de posséder, de consommer. La décroissance et donc la réduction volontaire de la consommation sont en fait un luxe pour les riches qui ont déjà atteint la société de consommation sans trop de restriction. Mais les autres ? Ceux qui sont exclus de la société de consommation ? Eux ont d'abord le rêve d'y accéder (normal), pas d'en sortir. La théorie a en fait pour défaut de penser que la population a les mêmes objectifs, alors que non, à cause des inégalités sociales encore très forte et la persistance de la pauvreté. A mon sens, la théorie de la décroissance est impossible tant qu'il n'y aura pas une réelle égalité sociale au sein des sociétés humaines. Bref, c'est horrible à dire, mais on ne peut réduire le coût écologique de l'économie humaine sans avoir au préalable réduit au maximum les inégalités sociales, mesurées par le coefficient de Gini.

Pour concilier écologie et bien être, il ne faut donc pas à mon sens parler de décroissance mais de développement durable, concept qui ne renverse pas le modèle économique actuel, mais l'adapte en rajoutant à l'ojectif d'augmenter le niveau de vie des populations celui d'améliorer le bien être des populations présentes et surtout futures.
Kefka
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Message par Kefka »

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