A propos de la crise...

Débats Gay et Lesbien
tkf
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Message par tkf »

Petit re-up car j'étais indispo désolé

Olivierz a écrit :
tkf a écrit :donc une politique des transports efficace qui permette d'éviter l'isolement et la ghettoïsation de ces banlieues, tout en permettant d'éviter de nouveaux embouteillages. Il faut donc investir massivement dans la modernisation et la construction des insfracstructures de transport.
Créer de nouvelles banlieues dortoir ? Bof.
Il vaudrait mieux créer des villes nouvelles, clairement orientées vers l'écologie, avec des zones d'activités attenantes. Pourquoi pas en profiter pour redonner un coup de jeune à des zones rurales vieillissantes et en voie de désertification (services publics, santé, etc) ? En plus, on aurait des terrains vraiment pas cher.
Une bonne politique des transports ne crée pas de banlieues dortoirs (inutiles, je suis d'accord avec toi), car au contraire elle peut permettre la migration des entreprises vers ses zones, une forme de délocalisation / diffusion en somme des emplois en banlieue.
Specimen a écrit :
tkf a écrit :Sauf que tous cela coûte cher. Très cher. Et on est déjà très endettés.
Nous sommes moins endettés que pas mal de pays européens (Belgique, Italie, Grèce, et je ne parle même pas de la débâcle à venir en Europe centrale et chez les Baltes). Et je ne dis rien du Japon, qui est bien plus lourdement endetté de nous.
Il y a la bonne et la mauvaise dette : celle des investissements (la bonne), et celle des déficits de fonctionnement (la nôtre depuis 30 ans). Nous avons cependant la chance d'avoir un Etat qui a de bons actifs, tant qu'on ne les brade pas...
Sauf que la dette, je ne la regarde pas au niveau de son utilisation, mais au niveau de la capacité de remboursement. Oui, le Japon par exemple est un pays très endetté (130 % je crois ?). Sauf que cela lui a joué des tours, car la crise venue (celles des années 1990), il n'y avat plus de marges de manoeuvre pour la combatre, d'où 10 années de déflation, ce que je ne nous souhaite pas aujourd'hui. Et plus l'emprunt est lourd, plus les générations futures devront aussi la rembourser, handicapant leur capacité à fiancer d'autre sprojets qui concernera leur époque. De plus, on ne peut écarter le risque de banqueroute : ce n'est pas pour rien que les banques par exemple n'accordent pas de prêts immobiliers dont le taux de remboursement dépassent le tiers des revenus disponibles, c'est pour éviter le surendettement. Certes, la France n'est pas en situation de faillite, mais mieux vaut éviter d'approcher cette situation.



Bon, sinon, j'ai trouvé un nouveau court pour expliquer la crise. C'est moins détaillé que l'autr dont j'avais donné le lien, mais c'est en français :
Le B-a Ba des subprimes
Manchette
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Message par Manchette »

Une bonne politique des transports ne crée pas de banlieues dortoirs (inutiles, je suis d'accord avec toi), car au contraire elle peut permettre la migration des entreprises vers ses zones, une forme de délocalisation / diffusion en somme des emplois en banlieue.
Sauf que faire migrer des entreprises, c'est aussi faire migrer des richesses. Je ne suis pas sûr que les villes ayant pas mal d'entreprises voient d'un bon oeil leur départ vers d'autres villes.
Prenons l'exemple de l'Ile-de-France. Tu as 50% des logements sociaux dans 8% des communes, et d'énormes disparités entre les communes (comparons par exemple Neuilly-sur-Seine et Sarcelles). Et concrètement, on fait quoi ? La loi SRU, qui est plutôt une bonne loi mais qui a 60 ans de retard, et qui de toute façon n'est pas appliquée.


La différence avec la crise japonaise, ou la plupart des autres crises récentes (la crise asiatique par exemple), c'est qu'elles étaient circonscrites et localisées.
Alors que la crise actuelle est mondiale, et frappe des économies parfois très imbriquées. La Chine par exemple, qui finance une large partie de la dette US. Les deux étant touchés par la crise, ça va être assez amusant : à qui les Etats vont-ils emprunter ?
Sans compter que si l'inflation repart, les Etats possédant des bons du trésor des monnaies concernées auront intérêt à les vendre, pour ne pas perdre d'argent.
Je pense vraiment que l'on va droit vers une dépression, et que rien ne semble pouvoir l'enrayer car il n'y a plus de bouée à laquelle s'accrocher.
Rusalka
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Message par Rusalka »

Olivierz a écrit : Je pense vraiment que l'on va droit vers une dépression, et que rien ne semble pouvoir l'enrayer car il n'y a plus de bouée à laquelle s'accrocher.
Ok pour le global...mais le quidam lambda, là dedans, il fait quoi?
Loving-Life
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Message par Loving-Life »

Peut être que quand il n'y aura vraiment plus rien à faire il sera possible d'envisager un ordre nouveau pour le monde :oops:
tant qu'il y aura des privilégiés il y aura des gens pour s'y opposer.. mais si on était tous dans la même galère ce serait motivant non ?
Manchette
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Message par Manchette »

tkf
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Re: A propos de la crise...

Message par tkf »

Un débat actuel sur le forum m'a fait penser à ce vieux topic que je fais donc remonter. Cela serait intéressant de voir comment l'évolution de la perception de la crise a évolué ou non.
Perso, si je suis du bon côté de la barrière (merci le fonctionnariat), je ne peux pas forcément en dire de même autours de moi. La crise s'est montrée bien plus visible depuis deux ans, notamment dans mon collège, où on accueille désormais deux fois plus de jeunes non francophones issus de l'immigration, dont les parents on fuit la crise de leur pays, sauf qu'on n'a pas les moyens de les accueillir convenablement en termes humains. Résultats, pleins de gamins en échec scolaire qui en deux ans de CLA (classes pour les non francophones) et soutien linguistique ne maîtrisent toujours pas le français. Et puis, maintenant, les budgets, c'est cric-crac. Les gestionnaires comptent tout : le papier, les feutres, les photocopies... On a peur de ne pas pourvoir faire face à la facture de chauffage si les prix augmentent ou si l'hiver dure. Cette année, pour la première fois, il n'y a avait pas assez d'argent pour financer toutes les sorties (qui devenaient de plus en plus nombreuses au fil des ans aussi, il est vrai). Bref, la crise, je commence vraiment à la voir... 4 ans après.

Et vous ? Vous la voyez la crise avant ? Et maintenant ?
Tiobb
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Re: A propos de la crise...

Message par Tiobb »

Merci Tkf, j'avais pas encore vu ce post... :gentil:

Je répondrais plus prochainement, là, je vais aller faire dodo, mais rapidement, la crise, c'est l'accroissement des différences de budgets des ménages: il y a de plus en plus de très riches qui deviennent toujours plus riches, et de plus en plus de pauvres qui deviennent plus pauvres, en fait, il n'y a plus de juste milieu...

Il faudra que je réponde à un truc de la première page, car on parlait de mon secteur, Nomade avait réagi à l'époque...

Mais en général, la crise, je la sent mal, sais pas trop quoi proposer tellement on descend bas???

Mais le manque de plus en plus cruel de concurrence au niveau mondial fait de plus en plus de mal aux consommateurs, ça, c'est clair...

Allé, dodo, demain, enfin, tout à l'heure, il faut traire les vaches, elles, elles s'en battent la mamelle de la crise!!!.... :lol: :mrgreen:
Lyanes
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Re: A propos de la crise...

Message par Lyanes »

La crise.
Diplômée en octobre 2008, cdd puis cdi dans la foulée... dans un domaine très impacté par la RGPP (révision générale des politiques publiques - qui s'appelle maintenant la MAP modernisation de l'action publique): j'estime avoir eu BEAUCOUP de chances.
Je ne suis pas fonctionnaire, loin de là. Je bosse dans une asso qui vit de son travail, ses prestations auprès de collectivités (et non pas de subventions ...). Collectivités qui ont restreint leurs dépenses. Donc qui nous embauchent moins.
En 2010, Sarko a lancé ses "Investissement d'Avenirs", orienté vers de grands domaines tels que l'Enseignement sup', la Recherche, le DD, le Numérique, les PME.
0.5 milliard d'euros sont allé vers l'Agence étatique qui gère les programmes de rénovation thermique des logements: autant de tunes que des boites comme les miennes ont pu récupérer via des appels d'offres bien juteux, par exemple.
Je me doute que ça a permit de sauver d'autres boites, c'est le principe du New Deal.
[parenthèse: ça représente 35 milliards d'€ d'emprunts, pour 0.3 points de croisance par an pendant 10 ans]

En 2013, c'est la merde, toujours. Pire. Jamais eu autant de chômeurs. D'emplois détruits. Même le ministère de la réindustrialisation ne peut pas lutter contre la fermeture d'usines, voulue par les actionnaires...
L'état mise sur les emplois d'avenirs. Histoire de faire baisser le chômage, et permettre une reprise de la conso pour des milliers de jeunes en galères. Mouais. J'ai un sérieux doute sur la capacité de ces jeunes à se projeter et à faire des projets quand rien ni personne ne leur dit que leur taf sera pérennisé en 2015. Donc bon.

Le champ lexical est drôle quand même. l'Avenir, à chaque fois.

La crise? Ah oui. Tout les jours. Je mesure les écarts qui se creusent. Les femmes qui se retrouvent dans une merde noire à élever les mômes seules. Avec des horaires de merde. Des tafs de merde. Des vies de merde.
Des mômes qui sont des plus en abrutis, parce qu'on a pas le temps de faire autre chose que de les claquer devant les télé réalités.
Des p'tites vieilles qui vivotent avec leurs 600€ par mois. Et leurs 200€ de factures de fioul. Des jeunes couples qui se sont endettés sur 30 ans pour s'acheter leurs pav' à 50 bornes de la ville centre où ils taffent. Qui bossent tout les deux, qui claquent 300 balles dans l'essence/les bagnoles, et 500 pour l'assistante maternelle.

Du lien social en ville qui se délite. Et à la campagne .. idem. Des villes fantômes, des banlieues désertes. Des campagnes glauques. Du repli sur soi. Du vote qui s'extrémise. Des boucs émissaires bien vite désignés, bien vite vilipendés.
"C'est de sa faute! Il est arrivé en dernier".

Tableau noir? Pas que. Dans tout ce merdier, y'en a quand même qui se démènent. Qui cherchent. Qui crééent. Qui innovent. Qui explorent des modèles alternatifs. Mais c'est ça aussi, une crise. C'est des gens qui subissent, qui morflent, et d'autre qui agissent, réagissent.

Voir ici le TRES bon docu de cette fin d'année 2013. Edifiant. Qui ne traite pas que de la crise, mais qui revient sur ce qui est arrivé à la France depuis 30 ans.
Erual
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Re: A propos de la crise...

Message par Erual »

Je vais poser une question surement très naïve mais une période de crise et de remises en question aussi importantes ne devrait pas être justement une période d'évolution et de réadaptation? Ce que je veux dire, c'est, ne doit-on pas justement 'profiter' de cette crise pour inventer des nouvelles méthodes, des nouveaux moyens? Enfin je dis 'on', mais en fait, c'est adressé au peuple, aux politiciens, petits ou pas, à leur échelle. On a vu fleurir tellement de nouveaux lieux, de nouveaux projets, tout aussi créatifs, pour répondre à des besoins qui se font sentir... malgré tout, je la vois quand même la solidarité. Je sais pas, j'ai peut-être pas les pieds assez sur terre. A vrai dire, je suis pas spécialement dans un milieu où je serai trop longtemps au chomage. Quoique, le seul truc que je vois vraiment, c'est le manque de moyens dans l'associatif, mais ça, je crois que c'est pas une grande nouveauté si? Ça me fait penser qu'il y a quelques mois, je parlais avec une responsable d'un centre social qui me disait qu'ils n'avaient jamais eu autant de moyens financiers que pendant l'ère Mitterrand... je ne sais pas si c'est un avis partagé.

Je m'en vais regarder le reportage de Lyanes et je reviens plus tard :ninja:
zphyr
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Re: A propos de la crise...

Message par zphyr »

Tiens, c'est moi qui ai lancé le sujet... :euh:

Je vais donc me fendre d'un petit état des lieux.
Je suis toujours préservé dans mon salaire, mon statut est souvent remis en question (et Peillon nous prépare un truc de la mort genre territorialisation des profs ! :pascontent: ) mais je m'en sors bien.

Autour de moi, dans ma classe, de la misère, de plus en plus de misère. La Nièvre n'était déjà pas dans la course, mais là y'a plus rien...

Quand à mon espoir de changement que je décrivais sur le premier post (que vous allez tous relire parce que vous êtes très courageux ! :biz: ), il avait fondu dans la morosité ambiante. Je tremble pour mes enfants qui seront en fin d'étude dans une dizaine d'année...
Ce matin, sur France-cul, j'écoutais une émission bilan sur l’économie. Et j'ai compris mon ressenti (ça va rejoindre le post d'Erual) : certes, le discours a changé, en bien. Il s'est ouvert sur plein d'alternatives, la pensée unique ultralibéraliste en a pris un gros coup.
Mais ce n'est que le discours qui a changé ! Sur le terrain, tout continue, et les boîtes ferment pour que les actionnaires puissent faire du ski en Nouvelle-Zélande, les travailleurs pauvres croissent quand les chômeurs ne décroissent pas. L'investissement type "new deal" dans l'isolation et les énergies renouvelables n'est plus qu'un souvenir, la relance par l’innovation, un vœux pieu sacrifié sur l'autel des petits et gros intérêts personnels, dont l'électoralisme.

Bref, je crains qu'il nous faille encore des années avant que l'on passe des paroles aux actes, et je ne me vois pas expliquer ça aux gens qui survivent avec le RSA. :snif:
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