C'est vrai que "rendre invisible" était résolument hors de portée.Cirox a écrit :invisibiliser (je sais que tu déteeeeestes ce mot, mais là, j'en ai pas d'autre)
Non. On fait un raisonnement probabiliste, basé sur une hypothèse raisonnable, qui est que vu l'écrasante majorité d'hétérosexuels dans la population générale, la probabilité que la personne d'en face soit hétérosexuelle est a priori très élevée, faute d'information complémentaire. Que cette tournure de la question amène l'interlocuteur à croire que la possibilité qu'il puisse être homosexuel est parfaitement inenvisageable pour la personne qui lui pose la question, et qu'il en souffre, est un autre problème. (En ce qui me concerne, je prends le parti de ne pas me vexer d'une question de ce type, j'indique simplement ce qu'il en est, de manière factuelle).Cirox a écrit :Par exemple, quand on demande systématiquement à une femme si elle a un copain (ou un mari, etc.), et à un homme s'il a une copine (ou une femme, etc.) sans connaitre leur orientation sexuelle, on invisibilise les couples homos...
Il est effectivement approprié de faire l'hypothèse qu'un homo recevant une telle question se sentira un petit peu oppressé. C'est radicalement différent de l'impact qu'aurait soit-disant pu avoir le suivi d'une règle de grammaire, merci bien. Le fait de n'envisager que l'unique cas d'une femme comme partenaire d'un homme est un choix délibéré de celui qui pose la question, qui ne s'est pas plié à une règle fondamentale de son propre langage parlé pour générer cette question, mais qui a obéi à un prémisse inexact, car seulement fortement probable, et non pas acquis dans 100 % de cas.
Tu n'as pas même l'air de saisir que tu n'explicites en aucun cas un raisonnement logique valide. Tu te contentes de répéter ton hypothèse de départ, sans avoir fait progresser d'un iota la compréhension du lien de cause à effet entre les deux bouts de ta phrase.Et ben quand (entre autres) on suit la règle "le masculin l'emporte sur le féminin", on invisibilise l'action des femmes.
L'exemple que tu as choisi antérieurement est complètement inopérant à expliquer ce second lien de cause à effet. Lorsque l'on écrit "le frère et la soeur sont heureux", on n'a fait aucune hypothèse fallacieuse sur l'ordre du monde. On s'est contenté de dire que les deux sont heureux en même temps, et comme "heureux" s'orthographie différemment au masculin et au féminin pluriel, il a fallu choisir qu'une graphie prévale sur l'autre.
En méta-langage, dans le raisonnement formel transcendant aux artéfacts approximatifs que sont les mots, il n'y a aucun préjudice fait à la soeur. Lorsque l'on a correctement intégré et compris le fonctionnement de la grammaire française, on sait que dans cette phrase la soeur aussi est heureuse. Autant ou plus que le frère, ça n'est pas dit, mais son bonheur est intégré dans le bonheur commun au groupe. Ecrire "le frère et la sœur sont heureux-se" n'aurait apporté rigoureusement aucune information, aucune nuance complémentaire. Avec une telle graphie, si immonde fut-elle, on n'en sait toujours pas plus sur le bonheur du frère ou de la sœur. Au contraire de la formulation "as-tu une petite copine, ou bien un petit copain ?" formulée à un homme, qui apporte une nuance complémentaire significative, par rapport à la question "as-tu une petite copine ?" seule.
C'est bien là l'énorme nuance entre ces deux exemples sans lien, l'un bénéficiant effectivement d'un lemme sous-jacent erroné (et portant donc un préjudice potentiel), l'autre absolument pas.
Le fait que tu rapproches ces deux exemples qui n'ont strictement pas la même porté montre bien au contraire la radicalisation de pensée qui entoure ce pinaillage orthographique sans intérêt (par pinaillage, j'entends l'invention de pseudo-pluriels dégueulasses et lourds sur le plan visuel comme sur celui de la lecture intérieure, pas le fait de salutairement dénoncer l'inutilité fonctionnelle absolue de ces nouveaux pluriels atroces) : ne pas être fichu de percevoir la nuance entre ces deux cas de figure évoqués ci-dessus est un peu inquiétant.
