irvel a écrit :
Dans le cadre du groupe d'étudiants cité en exemple parler d'étudiant(e)s est plus réducteur que le neutre, toute personne a l'esprit correctement tourné va se l'imaginer si tant est que ça ait de l'intérêt comme un groupe de personne dans la vingtaine, multisexuel, multiracial, etc.
Je ne peux t'opposer aucune preuve absolue et générale, mais en ce qui me concerne, si quelqu'un m'a dit "j'ai vu quatre étudiants dans la rue", je vais imaginer quatre silhouettes assez vagues, peu particularisées, mais par défaut
blanches et
masculines. On vit quand même dans un monde où la blanchitude, c'est ce qui passe spontanément pour neutre, pour être la norme - ce n'est pas pour rien qu'on parle de "personnes de couleur" à propos des Noir-e-s...
Je me demande comment les gens faisait pour comprendre qu'on parlait d'une femelle ou d'un mâle depuis des siècles (lorsque ça avait de l'intérêt)?

Justement, les gens ne comprenaient pas. Ils ne se posaient pas la question, donc ils n'avaient pas l'impression d'avoir besoin de comprendre. Du coup, si quelqu'un leur disait "il y a cinq candidats à l'élection présidentielle" et que dans les cinq, y avait aucune femme, ils ne voyaient pas le bug. La présence ou non de candidates leur était indifférente. Qu'il y en ait ou pas était conçu comme parfaitement accessoire. Alors que la présence d'hommes parmi les "candidat-e-s" ne l'était pas, puisque la langue signalait s'il y avait des hommes ("cinq candidats") ou bien seulement des femmes ("cinq candidates").
D'ailleurs, y a aucune raison de parler au passé.
Tout à fait, la règle dite du masculin l'emporte (et donc se transforme en neutre selon les comparatistes) date de la renaissance et a été conçue spécifiquement pour inférioriser les femmes dans leur ensemble.
Ben non. En latin comme en français médiéval, si tu as un groupe de personnes (allez, d'étudiant-e-s, pour reprendre mon exemple précédent) avec des hommes et des femmes, on passe tout au masculin.
Et franchement, je pense qu'il faut arrêter avec cette histoire de neutre

c'est peut-être utile pour comparer le français avec le vietnamien, le swahili ou le quechua, mais pour décrire la langue française, je crois que pas grand monde parmi les linguistes parle de "neutre" à propos du masculin, et je ne vois pas en quoi ce serait légitime de le faire. Si je vois un homme dans la rue et que je veuille parler de lui, même sans employer aucune désignation nominale, je vais dire "il". C'est un test assez convainquant, je pense, pour établir que "il" est du masculin. Or cet "il" sert aussi de pronom anaphorique pour désigner tous les termes associés aux articles
le ou
un. Cela me paraît établir de façon parfaitement claire la pertinence du paradigme masculin/fémininin plutôt que neutre/genre marqué pour décrire le français. En fait j'ai l'impression qu'il n'y a pas de raison autre qu'idéologique de prétendre que le masculin en français est en fait du neutre. Or autant, contrairement à Crown Prinz, ça ne me gêne pas de chercher à modifier la langue pour des raisons idéologiques, autant quand on est dans l'ordre de la description et de l'interprétation des phénomènes, c'est-à-dire dans l'ordre de la science, on ne peut pas se satisfaire de ce genre de raisons.
Je précise par ailleurs que le fonctionnement du système des genres en français est exactement identique à celui d'autres langues romanes, comme l'espagnol, où le masculin est tout aussi marqué morphologiquement que le féminin. C'est quand même beaucoup plus commode à tous points de vue d'interpréter le masculin français comme un masculin plutôt que comme un neutre.
Et la "lecture globale" n'est pas une "manipulation de la langue", c'est une méthode d'apprentissage de la lecture. Il me semble que ça n'a vraiment strictement rien à voir !
Sinon, je ne comprends pas bien ce que l'exemple du mot
médecine est censé prouver, mais le sens actuel est attesté dès le début du XIVe siècle (
http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/t ... 90120;?b=0; il faut regarder vers le bas de la page), et je ne trouve pas le sens que tu dis dans mon dictionnaire d'ancien français.
Crown Prinz :
Mais qu'on agisse par retrait volontaire aussi énorme (pas juste virer un mot du registre courant, du style "nègre") pour ré-orienter les représentations mentales, ça non, c'est nouveau.
A part peut-être miss Hada, personne ne songe à retirer quoi que ce soit à la langue. Il s'agiter d'ajouter des lettres à des mots et de gagner en précision dans ce qu'on désigne, pas d'enlever des choses.