Tu n'as pas l'air de vouloir comprendre que la notion de prix est déterminante dans l'évaluation de criticité de la rareté d'une ressource. En refusant d'inclure cet élément dans l'analyse, tu te condamnes à ne pas comprendre en quoi importer du pétrole ou de l'uranium pour faire de l'électricité, c'est différent ; et tu te contentes alors d'une analyse "tout ou rien" : on a ou on n'a pas cette ressource sur notre territoire, ce qui est bien trop pauvre à mon sens comme description de la présente problématique géopolitique.Manchette a écrit :je parlais non des réserves, mais de ceux à qui nous achetons ce combustible sans lequel nos centrales, si perfectionnées soient-elles, ne peuvent absolument pas fonctionner : qu'il représente 5% ou 95% du prix final ne change rien à cette réalité.
On t'a répondu quelques crans plus hauts que quand bien même une partie des réserves étaient incluses dans des pays instables, une autre part très appréciable l'était dans des démocraties occidentales.
On t'a répondu également que même si l'offre se contractait brutalement (les pays instables refusant soudainement d'exporter) aboutissant à un triplement voire plus du prix de cette matière première, le coût final de l'électricité produit avec cette matière première hors de prix ne saurait d'élever dans le même ordre de grandeur, loin de là.
Moralité : quand bien même Russes, Kahzaks et Nigérians ne mettraient à refuser de vendre de l'uranium à la France pendant un certain temps, l'offre du Canada et de l'Australie devrait permettre une fourniture satisfaisante, fut-ce à un prix nettement plus élevé de la matière première, mais toujours compatible en terme de prix final de l'électricité pour les économies des pays à mix énergétiques fortement nucléaires.
Ta dernière remarque sur l'acheminement de cette ressource avec du pétrole achève de me convaincre que tu maîtrises mal ces ordres de grandeur, car comparer le coût que représente l'énergie sous forme d'hydrocarbure nécessaire à acheminer un paquebot bourré de minerai d'uranium avec le potentiel de fourniture énergétique du même coup contenu dans ledit paquebot est dénué de sens : il doit falloir un truc genre littéralement 10 millions de fois moins d'énergie pour déplacer le bateau qu'il n'y en a potentiellement dans le même bateau. Donc le coût d'acheminement par MWh final d'électricité produit doit atteindre à peu près le millième de centime d'€uro... (sachant qu'il est facturé entre 50 et 100 € aux industriels selon les pays européens). Ce coût d'acheminement peut donc bien prendre le risque de centupler, ça ne me fait pas plus peur que ça.
Donc si si : que le prix final de l'électricité comporte 5 % ou 95 % de prix brut d'achats de matières premières change TOUT à la réponse à la question : "est-ce que c'est grave ou pas si un jour je suis obligé d'acheter cette ressource à prix d'or à cause du contexte géo-politique si l'offre se contracte brutalement ?".
Et tenter d'escamoter cet aspect de la robustesse du nucléaire civil par la tautologie "mais sans combustible nucléaire, point de centrale qui fonctionne" constitue une évaluation très pauvre du contexte géo-politique général de fourniture en minerai d'uranium (le risque d'une pénurie totale de minerai en direction de l'occident et de la France en particulier étant gigantèsquement faible, vu que l'occident en possède) ainsi que du process technologique de production d'électricité nucléaire : le risque d'une hausse significative de la facture électrique française étant lui aussi extrêmement faible, vu que rien que pour que l'électricité Française issue du nucléaire s'élève à un niveau aussi élevé que la moyenne européenne actuelle, il faudrait déjà que le prix du combustible nucléaire soit multiplié par 9,5 par rapport à aujourd'hui !!
Une application numérique fort simple si on prend comme hypothèses que le prix actuel de l'électricité française représente 70 % de celui de la moyenne européenne, et que le coût du combustible représente 5 % du prix final de l'électricité, on trouve facilement le surcroît de coût de l'électricité française par rapport à la moyenne européenne de 2011 en fonction du facteur multiplicateur du prix du combustible :
Facteur multiplicateur du prix du combustible ==> % du prix de l'électricité française par rapport à la moyenne européenne de 2011
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- x 1 (prix actuel du minerai d'uranium) ==> 70 % (écart actuel entre prix de l'électricité française et moyenne européenne)
- x 2 ==> 73,5 %
- x 3 (triplement des prix actuel, ce qui correspondrait déjà à une pénurie extrême de minerai d'uranium) :::: 77 % (soit 10 % de plus que le prix actuel de 70 % (10 % de 70 = 7 %), ce qui correspond bien au rapport x 3 ==> + 10 % annoncé un peu plus haut)
- x 5 ==> 84 %
- x 7 ==> 91 %
- x 9,571 (la multiplication du prix d'une ressource naturelle brute par 9,5 constitue je pense une situation encore jamais vue dans l'histoire) ==> 100 % (ça ne nous mettrait cependant que dans la moyenne européenne actuelle des prix de l'électricité)
- x 10 ==> 101,5 %
- x 15 ==> 119 %
- x 20 ==> 136,5 %
- x 25 ==> 154,4 %
etc....
- x 40 ==> 206,5 %
[je vous fais l'affront de préciser que si on appelle p le facteur de gauche, et i celui de droite, alors modulo les hypothèses prises on a i = 100 + px5x70/100 + (95x70 - 100x100)/100 ; et je peux expliquer le calcul en mp pour ceux que ça intéresse]
Donc pour atteindre les prix européens actuels, il faut que le prix du combustible soit multiplié par plus de 9,5. Pour atteindre 35 % de plus que les actuels prix européens, il faut multiplier le prix du combustible actuel par 20. Pour être au double de la moyenne européenne actuelle, il faut multiplier par 40 le prix actuel du combustible.