réforme de l'orthographe

Débats Gay et Lesbien
Fade Out
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Message par Fade Out »

Pour info, cette réforme est prise en compte dans OpenOffice, Word, et même dans Firefox (Outils/Modules complémentaires/Dictionnaire Myspell), où vous avez le choix entre un dictionnaire "réforme de 1990" et un avant la réforme.
hikaru60
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Message par hikaru60 »

NeM's a écrit :En gros, cette orthographe, on peut l'utiliser sans être corrigé?
On me corrige toujours quand j'écris "évènement" par exemple, maintenant plus?

J'ai bien lu le PDF, mais une chose est perturbante: pourquoi "compte-goutte" alors que "portemonnaie"? :roll:
A part ça, je trouve que les changements sont bien faits sans que ça ne perturbe le lecteur. Ce n'est pas mal du tout...
c'est comme ile et île enfin, la langue française se meurt de plus en plus, un jour on aura un dictionnaire avec le langage SMS...;
Fade Out
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Message par Fade Out »

Je suis étonné de voir comme certains d'entre nous sont extrêmement conservateurs pour ce qui est de la langue, au point d'annoncer la mort du français à la suite d'une mini-réforme (d'ailleurs ceux qui critiquent cette réforme respectent-ils toujours une grammaire et une orthographe parfaite, ça reste à prouver...) tandis qu'ils sont très "libéraux" concernant les moeurs (les conservateurs sur ce sujet parlent de la mort de la civilisation avec l'avènement du mariage homosexuel)

NB : Je ne parle pas seulement pour toi, hikaru60 !
Kai89
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Message par Kai89 »

Si je résume les avis opposant à cette réforme, elle n'est pas acceptable parcequ'elle pousse à la paresse intellectuelle, c'est ça ? Et vous avez peur que tout cela mène à du langage SMS ?

La langue en tant qu'outil doit, à mon avis, être simple d'utilisation tout en gardant tout son sens et sa nuance. Évidemment, ni le novlang, ni le langage SMS ne sont acceptables ; ils réduisent tous deux les nuances et parfois même le sens. Mais cette réforme n'a pas un tel impact. Il n'y a aucune modification profonde et encore moins une suppression du vocabulaire.
Quant aux temps inusités, quel intérêt y aurait il à les supprimer. Gardons les sous le coude, pour l'occasion. :)

On entre ici dans un débat opposant le français en tant que simple outil de communication et le français en tant qu'héritage culturel et historique. Je dirais même, et je crois ne pas être totalement à coté de la plaque, entre les scientifiques et leur pragmatisme et les littéraires et leur amour inconditionné de la Langue.

J'ai dit obscurantisme ?...

Allez y, fouettez moi !
Fade Out
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Message par Fade Out »

Pour mettre tout le monde d'accord, je voulais vous faire part d'une citation de mon philosophe préféré :
A l'an 3000 les gens vont se parler avec,..., les yeux,
des ondes. Ne me prend pas pour un fou les baleines le font, les
dauphins aussi. Ce sont des animaux très intelligents dans la mer. Nous
on vit dans la terre. Et eux se communiquent, vu qu'ils ne savent pas
parler dans l'eau, ils sont forcés d'utiliser des ondes, des ondes de
love ou de hate et la communication se fait comme ça.
Plus besoin d'orthographe, donc.

Pour découvrir l'auteur de cette citation surligner ici : >>> Jean-Claude VanDamme, bien sûr ! <<<
ExMembre L

Message par ExMembre L »

:lol: pour une fois que je suis d'accord avec lui! n'importe qui en se parlant à l'oral saisira immédiatement le sens implicite et les intentions de l'interlocuteur de façon nette et inconsciente (le plus souvent sans se l'expliquer). Compte tenu du nombre d'informations physique manquantes a l'écrit il faut être ou un écrivain hors pair ou un lecteur très attentif pour atteindre un degré d'analyse similaire. les études sur tous les signes de communication externes sont myriades.


autre chose je suis littéraire et non conservatrice, je ne trouve pas que cette réforme soit un scandale, en plus la plupart du temps se sont quand même des experts de la langue qui ont pérennisé ces changement en se basant justement sur l'histoire. je trouve donc la pluapart des analyses incorrectes. J'ai été un peu joueuse sur le post d'ouverture. par exemple Barthes défend la souplesse orthographique. C'est une source d'invention et d'imagination intarissable. évidemment, les enfants le font sans se rendre forcément compte, mais quel poète n'a pas joué, on trouve des déviations oulipiennes de partout hein. et je resterai toujours plus amoureuse du mot "opinion" écrit comme "champignon" "opignon" parce que ça me fait bien rire et que je trouve que ça en enrichit le sens d'un clin d'oeil drôle, ou "champioui", parce que j'aime mieux qu'ils soient consentants quand je les mange. Bref. :lol: :arrow:
ExMembre L

Message par ExMembre L »

édit voici son texte. je suis tout à fait d'accord. l'orthographe n'a été "légalisée" que bien tard... et ça n'empêche personne de comprendre les textes antérieurs à 1500, et de s'étonner avec bonheur de la diversité du verbe.

« Accordons La liberté de tracer »
Roland Barthes

Il manque au dernier roman de Flaubert un chapitre sur l’orthographe. On y aurait vu Bouvard et Pécuchet commander à Dumouchel toute une petite bibliothèque de manuels orthographiques, commencer par s’en enchanter, puis s’étonner du caractère comminatoire et contradictoire des règles prescrites, s’exciter enfin l’un et l’autre et ergoter à perte de vue : pourquoi cette graphie, précisément ? Pourquoi écrire Caen, Paon, Lampe, Vent, Rang, alors qu’il s’agit du même son ? Pourquoi Quatre et Caille, puisque ces deux mots ont originairement la même initiale ? A la suite de quoi Pécuchet n’aurait pas manqué de conclure en baissant la tête : « L’orthographe pourrait être une blague ! »

Cette blague, on le sait, n’est pas innocente. Certes, pour un historien de la langue, les accidents de l’orthographe française sont explicables : chacun a sa raison, analogique, étymologique ou fonctionnelle ; mais l’ensemble de ces raisons est déraisonnable, et, lorsque cette déraison est imposée, par voie d’éducation, à tout un peuple, elle devient coupable. Ce n’est pas le caractère arbitraire de notre orthographe qui est choquant, c’est que cet arbitraire soit légal. Depuis 1835, l’orthographe officielle de l’Académie a valeur de loi aux yeux mêmes de l’Etat ; dès les premières études du jeune Français, la « faute d’orthographe » est sanctionnée : combien de vies ratées pour quelques fautes d’orthographe !

Le premier effet de l’orthographe est discriminatoire ; mais elle a aussi des effets secondaires, d’ordre psychologique. Si l’orthographe était libre – libre d’être simplifiée ou non, selon l’envie du sujet, - elle pourrait constituer une pratique très positive d’expression ; la physionomie écrite du mot pourrait acquérir une valeur proprement poétique, dans la mesure où elle surgirait de la fantasmatique du scripteur, et non d’une loi uniforme et réductrice ; que l’on songe à la sorte d’ivresse, de jubilation baroque, qui éclate à travers les « aberrations » orthographiques des anciens manuscrits, des textes d’enfants et des lettres d’étrangers : ne dirait-on pas que dans ces efflorescences le sujet cherche sa liberté : de tracer, de rêver, de se souvenir, d’entendre ? Ne nous arrive-t-il pas de rencontrer des fautes d’orthographe particulièrement « heureuses », comme si le scripteur écrivait alors sous la dictée non de la loi scolaire, mais d’un commandement mystérieux qui lui vient de sa propre histoire – peut-être même de son corps ?

A l’inverse, dès lors que l’orthographe est uniformisée, légalisée, sanctionnée par voie d’Etat, dans sa complication et son irrationalité mêmes, c’est la névrose obsessionnelle qui s’installe : la faute d’orthographe devient la Faute. Je viens de poster une lettre de candidature à un emploi qui peut changer ma vie ; mais ai-je bien mis un « s » à ce pluriel ? Ai-je bien mis deux « p » et un seul « l » à appeler ? Je doute, je m’angoisse, tel le vacancier qui ne se rappelle plus s’il a bien fermé le gaz et l’eau de son domicile et s’il ne s’ensuivra pas un incendie ou une inondation. Et, de même qu’un tel doute empêche notre « vacancier » de profiter de ses vacances, l’orthographe légalisée empêche le scripteur de jouir de l’écriture, ce geste heureux qui permet de mettre dans le tracé d’un mot un peu plus que sa simple intention de communiquer.

Réformer l’orthographe ? On l’a voulu plusieurs fois, on le veut périodiquement. Mais à quoi bon refaire un code, même amélioré, si c’est de nouveau pour l’imposer, le légaliser, en faire un instrument de sélection notablement arbitraire ? Ce n’est pas l’orthographe qui doit être réformée, c’est la loi qui en prescrit les minuties. Ce qui peut être demandé, c’est seulement ceci : un certain « laxisme » de l’institution. S’il me plaît d’écrire « correctement », j’en suis bien libre, comme de trouver du plaisir à lire aujourd’hui Racine ou Gide ; l’orthographe légale n’est pas sans charme, car elle n’est pas sans perversité ; mais que les « ignorances » et les « étourderies » ne soient plus pénalisées ; qu’elles cessent d’être perçues comme des aberrations ou des débilités ; que la société accepte enfin (ou accepte de nouveau) de décrocher l’écriture de l’appareil d’Etat dont elle fait aujourd’hui partie ; bref, qu’on arrête d’exclure pour motif d’orthographe.



Roland Barthes Le Monde de l’Education, 1976.

in « Le bruissement de la langue, essais critiques IV », Roland BARTHES, Seuil, 1984, P 57-59.
SuperGarfield
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Message par SuperGarfield »

Fade Out a écrit :Je trouve cette réforme vraiment mineure, objectivement.

Je m'inquiète beaucoup plus de la dérive du vocabulaire par ceux qui détiennent le pouvoir (économique, médiatique).
Juste un petit exemple : ont entend souvent "les troupes françaises ont sécurisé la zone" au lieu de "les troupes françaises ont pris d'assaut la ville" .
Les infos sont remplies de ce genre de formules toutes faites qui s'apparentent à la propagande et constituent un véritable appauvrissement intellectuel.
Euh, je ne vois pas baucoup le rapport entre appauvrissement intellectuel et propagande. Cen'est pas parce que les journalistes sont cons qu'ils disent qu'on a "sécurisé" la ville, et non "pris d'assaut". Juste qu'ils veulent y mettre une nuance différente.

Cela dit, oui, l'appauvrissement intellectuel existe bel et bien : il n'y a qu'à entendre parler nos hommes politiques pour en être convaincu.

Sinon, pour sintétisé ma pensé, je ne sai pa si c'est la réforme en el-meme qui me gene ou si c'est ce qu'el souleve... Je reste persuadé que vouloir facilité la vi des gen sur des conneri come ça ne nou menera pa sur le bon chemin.

Et un message com celui que je vien d'écrire vous a paru, j'en suis sur, orible.
Kai89
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Message par Kai89 »

J'adore ton texte lulu ! Il correspond assez bien à l'idée que je me fait de l'orthographe. :D
Adyton
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Message par Adyton »

lulu galipette a écrit :édit voici son texte. je suis tout à fait d'accord. l'orthographe n'a été "légalisée" que bien tard... et ça n'empêche personne de comprendre les textes antérieurs à 1500, et de s'étonner avec bonheur de la diversité du verbe.
C'est de la vantardise ou de l'ignorance ?

Lire Rabelais, Montaigne ou Villon dans le texte, pourtant du 16e siècle, cela réclame quelques notes pour s'en sortir, tant au niveau du vocabulaire, de l'orthographe ou des constructions de phrase.

Même Molière, bien que très postérieur (sans être cul-cul) à 1500, réclame quelques éclaircissements pour être vraiment compris...

Ceci dit, Barthes, sur ce coup, il pousse un peu quand même, on n'est pas obligé de passe d'un extrême à l'autre.

Mais c'est vrai qu'on peut se poser des questions. Pourquoi le vocabulaire anglais est-il beaucoup plus fourni que le vocabulaire français (sans parler des différences dues aux variations de l'anglais à travers sa vaste répartition géographique) ? Est-ce à cause de la relative simplicité de l'orthographe anglaise par rapport à l'orthographe française ? Invente-t-on plus de mots quand on se sent plus libre en les écrivant ? Je n'ai pas la réponse, je me contente de poser la question.
Dernière modification par Adyton le mar. juin 24, 2008 5:24 am, modifié 2 fois.
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