Je viens de voir « Copie Conforme » d’Abbas Kiarostami, pour lequel Juliette Binoche a remporté le Prix d'interprétation féminine à Cannes.
Un film étrange, qui démarre par un exposé sur le vrai et le faux en art, et qui se termine par une réflexion sur le couple et l’amour. Un film en deux parties, articulées autour d’une très belle scène dans un petit café, théâtre d’un étonnant retournement de situation, les deux parties se répondant l’une à l’autre. La mise en scène est très discrète mais comporte de véritables trouvailles, telle la longue promenade en voiture, le décor des rues d’une ville toscane se reflétant dans le pare-brise. Ou encore une scène de restaurant, où le personnage de Juliette Binoche fait face à un mariage dans le jardin pendant que l’homme qui l’accompagne lui tourne le dos, écho des espoirs nés d’un mariage qui se révèlent illusions quelques années plus tard. L’incompréhension entre les personnages du film est encore amplifiée par leur usage alternatif de trois langues : français, anglais et italien.
Le ministre iranien de la culture a dit qu’il n’autoriserait pas la diffusion de ce film dans son pays, en tout cas dans les grandes salles, en raison de l’habillement de Juliette Binoche. Il dit de ce film, je cite :
«Le film montre la solitude des personnes d’un certain âge du fait de la situation des familles liée aux libertés existant en Europe». Je crois qu’il n’a pas voulu comprendre grand-chose au film.
Je retiendrai surtout cette phrase, prononcée par la tenancière du bar où a lieu l’une des scènes-clefs du film, et qui aurait évidemment une résonance particulière en Iran
« Ce serait idiot pour nous de nous rendre malheureuses au nom d'un idéal ».