Ouverture

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Juuune
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Ouverture

Message par Juuune »

Salut les amis ! Envie de partager avec vous un poème que j'ai écrit il y a quelques années et que quelque chose m'a soufflé à un moment où je me trouvais entre deux amies, à une manifestation. Nous marchions toutes les trois en nous tenant par la main, j'étais au milieu, et je m'aperçois aujourd'hui que les émotions (très fortes) que cela avait provoqué en moi à l'époque n'étaient pas tout à fait... hétérosexuelles. D'où le partage ici. Ce qui prédominait c'était une sensation de puissance commune. Mes amies : il y en avait une musicienne et une artiste, une rousse et l'autre brune. On peut lire ça comme on veut, ça pourrait aussi être une sorte de manifeste poétique féministe.


Ouverture

Je galopais entre deux elles silencieuses qui me tenaient chacune une main, dans des hurlements euphoriques et des couleurs éblouissantes. De temps en temps clignotaient des hommes aux cheveux doux, près et loin. Saccades et halètements et attends-moi et nous dansions légères parmi des exténuations. Mes os durs se mettaient à écouter mon sang liquide. Je sentais peu à peu un courant gagner mes veines et mon corps devenir triple. J’étais là où depuis déjà longtemps j’aurais dû me trouver – mais j’y étais bien sûr depuis longtemps déjà, n’est-ce pas ? – au croisement entre le roux de l’agrume et le noir de la nuit, sans rien perdre de ma pâleur.

Torrent.

Et par les veines de ma main gauche une musique est entrée dans mon oreille un instant et par les veines de ma main droite des photographies sont venues habiter un instant dans mon œil devenu gris et bleu. Mes mots, mes mots avec lesquels je vivais, je les reconnaissais à peine, ils étaient devenus triples, triples, triples, tous les cèdres étaient trois et tous les rauques, et les voix qui prononcent les r, et je flottais comme on peut flotter dans un tabac épais, frais, guttural. C’étaient à gauche des interjections, à droite des grimaces, au milieu des mots en devenir, c’était comme la danse d’une tribu qui s’ignore ; mes six pieds parallèles chacun à leur tour battaient la rue.

Ce n’était pas une ronde mais une chaîne, ce n’était pas une danse mais une course. Tout était vers, ouvert. Comme toujours, nous riions. Nos mains joyeusement se désarticulaient. C’était le monde qui passait par mon corps par leurs mains qui tenaient mes mains, nous n’étions pas trois mais mille et ce n’était pas un cercle, c’était une carte immense que nous dessinions nomades et des forêts que nous inventions sur le bitume et nos racines se multipliaient à toute allure dans des directions nouvelles.
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