lloyd a écrit :Sycomore73 a écrit :Lloyd, tu te plains des "toutes les peines que [les noirs] t'ont fait endurer et les humiliations"... par contre, les blancs que tu cherches tant et qui ne te regardent même pas te traitent bien bien, eux... ces racistes gay dont tu te plains et qui ne voient en toi qu'un plan exotique de 15 minutes (et encore), te traitent toujours mieux que les noirs... l'indifférence et l'exploitation ne sont-elles pas des "peines", "des humiliations" et autres violences morales?
c'est ta couleur qui te fait de la peine et qui t'humilie?
si je suis célibataire aujourd'hui, c'est parce que 100% de mes ex ne me convenaient pas... mais 100% de mes ex sont des hommes... donc je dois commencer à chercher des partenaires de sexe opposé... remplace "sexe" par "couleur de peau" et tu te rendras peut-être compte de l'absurdité de tes propos.
tu suintes la frustration de n’être ni hétéro, ni blanc... qui voudrait qu'un mec pareil?
Tu as surement raison qui voudrait d'un mec pareil tel que moi ? C'est facile d'insulter et de juger une personne qu'on ne connait pas mais surtout qu'on a jamais vu. Tu penses peut être valoir mieux que moi, toi qui a vécu tellement de vies. Heureusement que tu ne sais rien de moi ni de mon vécu, car mes propos absurdes comme tu le dis sont partis d'un constat de ma vie et des mes expériences. Mais tu dois surement avoir une vie tellement belle et parfaite, ce qui fait que tu ne devrais pas te plaindre de ton célibat les mecs doivent se bousculer à ta porte. Et sincèrement le coup du mec qui ne s'assume pas en tant que gay ou même en tant que noir, je dis bravo tu as cherché tellement loin.
Merci à Mizc d'avoir clarifié mes intentions à Lloyd. J'étais sorti mais je viens de glisser sur une branche de bois vert, donc je vais partager quelques détails sur cette idyllique vie que Lloyd m'attribue.
Je ne vis qu'une vie, limitée dans le temps, comme toutes. Et c'est peut-être cette prise de conscience qui m'a aidé à voir les choses un peu comme elles sont: on ne peut changer que ce que l'on peut contrôler (notre sexe grâce au progrès récents, mais pas notre couleur de peau). Mes messages, si tu les lis bien, ne sont pas agressifs... j'ai presque 20 ans de plus que toi, je me reconnais un peu dans ta frustration, mais je tiens à te dire qu'aujourd'hui, je me sens plutôt bien dans ma peau. Mais rien n'arrive par chance...
Une "vie belle et parfaite"? Etre vivant aujourd'hui est ma seule satisfaction.
Etre black et homo, ce n'est pas grandir dans un monde de bisounours qui dansent le zouk en sirotant un ti'punch entre 2 acras légèrement pimentés avant la série Hip-Hop au Black and White Club.
Etre rebeu et homo, ce n'est pas grandir dans un monde de bisounours-akhbar qui dansent la regadda en sirotant un thé sur le dos d'un chameau qui se prend pour une licorne qui joue de la darbouka.
Etre bien sa peau, ce n'est pas recevoir son carton d'entrée à la dernière soirée RRR (Rebeux-Renoix-Ronrons) en espérant décocher le regard d'un minet pâlichon pour se sentir enfin accompli.
Nous, on grandit en apprenant à reconnaître, à affronter et à nous battre contre la violence.
Vu que le bon coté des voyages a attiré ton attention, je vais te donner plus de détails. Ces "multiples vies", comme tu dis, ont une trame unique: ma famille m'a jeté hors de la maison à coups de pieds quand ils ont su que j'étais homo (si j'étais toi, je dirais: "beurk, salauds de noirs, blancs, métis, cathos, tous des ordures, ils m'ont jeté à la rue")... j'ai vendu ma voiture et me suis exilé à 22 ans (ton age)... la suite, je l'ai vécue à 10.000km (vive la double nationalité): rejet et solitude insupportables du fait de ma sexualité, de ma couleur, de mes origines, de mon accent, apprentissages frustrants de langues pour se faire un nid et gagner sa vie, passages de frontières épuisants, impossibilité de me marier pour avoir un contrat de travail stable et construire, l'image de "quelqu'un d'instable"...
Malgré une reconstruction difficile et une évolution certaine dans un travail qui me fascinait depuis déjà 10 ans, j'ai tout perdu en cascade: travail - mon amoureux - mon appart et expulsion par les autorités comme un criminel. Pour quelqu'un d'aussi habitué au rejet, celui-ci m'est resté au travers de la gorge. Ensuite: chômage de longue durée... retour et re-rejet familial à presque 40 ans. Aujourd'hui: je suis pris en charge par les programmes publiques d'insertion sociale, sans domicile fixe.
Tu as raison de dire que nous ne vivons pas dans un monde de bisounours... Mais mesures-tu vraiment la nature du monde dans lequel tu vis? Ce que je raconte dans ce message, et je ne te dis pas tout, énormément d'homos de toutes les couleurs le vivent parce qu'ils sont jetés dans la nature. Ou on apprend à s'accepter, ou on décide de mourir. Les deux solutions sont, à mes yeux, respectables.
Certains, à mon age, collectionnent des maladies, d'autres des conditions psychiatriques sérieuses et des psychotropes, peu collectionnent les T-shirts Gucci et sont invités aux mariages, communions, anniversaires, repas de Noel et autres évènements familiaux. moi, je collectionne les souvenirs, ça tient chaud en hiver, ça tient compagnie, ça maintient la structure en place en cas de tempête tropicale.
Etre homo et black, il faut que tu saches que c'est aussi, même très souvent, être contraint de vivre le genre de choses que je raconte dans ce post... le bonheur, c'est survivre, et pas, comme tu dis "avoir de mecs qui se bousculent à ma porte"... pour ça, il faudrait déjà avoir une porte.
C'est un peu long, mais je préfère être précis.
Lloyd, je suis taquin, ça ne veut pas dire que je te déteste... loin de là, alors ne réagis pas comme ça