Vos textes et poèmes

Faites nous rêver : peintures, photos, sculptures, poèmes ou autre ! (il faut avoir posté 30 messages pour avoir accès à ce forum)
lestump
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Re: Vos textes et poèmes

Message par lestump »

j'irai chercher un bout de bitume vieux et collant,
me replonger dans les essences de mon enfance
trouver cet endroit loin de la douceur du vent
fermer aux bruits de la vie par errance
je me poserai là, de repos je vais profiter
m'allonger pour ne plus déranger les oublis
poser la tête sur le goudron encore poisseux
je vais creuser mes souvenirs pour les maquiller
m'offrir pour un seul instant une nouvelle vie
attendre les bruits venus du béton trop vieux
je vais lui parler lui demander de me pardonner
j'ai combattu, mais de ma folie la mort s'est repu
je n'ai plus la force du combat, j'ai perdu
a la vitesse d'une balle, je vais m'endormir....
ErwanMalefoy
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Re: Vos textes et poèmes

Message par ErwanMalefoy »

Un petit texte que j'ose partager

Dieu de Haine

Tu es là. Devant moi.

Des jours que j'attendais ce moment ! J'avais compté les heures, les minutes qui me séparaient de cet instant.

J'ai attendu patiemment et je suis récompensé. Tu es à moi. Rien ne sert de courir. Tu ne peux plus m'échapper.

Je te hais.

Tu t'avances vers moi. Si lentement que je peux savourer chacun de tes gestes, de ta démarche sensuelle à la manière désinvolte dont tu secoues la tête pour remettre tes mèches blondes en place.

Tu sais ce qu'il t'attend et tu avances sans la moindre peur. Pauvre fou...

Nous sommes face à face. Je plonge mon regard dans le tien. Tes yeux sont deux perles d'argent liquide dans lesquelles se meuvent silencieusement la détermination, le courage et la haine.

Tu déboutonnes délicatement ta chemise. Le petit bourgeois que tu es ne veux certainement pas salir ses beaux vêtements. Enfin apparaissent ton torse pâle et tes muscles finement sculptés. Tu as toujours eu l'élégance d'une femme, cette beauté insolente qui me fait perdre la tête.

Tu m'attends.

Je retire moi aussi ma chemise, exhibant avec fierté mon corps à la teinte hâlée bâti pour le combat. Tu sembles déstabilisé. Tu sais que je te suis supérieur, et ton entraînement ne pourra rien y changer.

Allez… Il est temps.

La tension est à son maximum. L'air est électrique.

Ne pouvant me retenir plus longtemps, je me jette sur toi.

Étrange ballet que celui de la haine. Les coups, les morsures, les griffures et les insultes explosent entre nous.

Je sens du sang couler dans ma bouche, tu m'as ouvert la lèvre. Cependant je t'ai ouvert l'arcade en retour.

J'ai mal, mais ça me fait du bien. Rien n'est comparable à ce plaisir intense qui me submerge alors que je mets ta peau de porcelaine à sang avec mes ongles et mes dents.

Je te hais.

C'est moi qui domine, comme toujours. Tu hurles en tombant sous mes assauts. Moi aussi je hurle de rage, je gémis pour me donner la force de te soumettre à moi.

Je suis en sueur, et toi aussi. Ta peau glisse sous mes doigts.

Nous sommes tombés à terre, roulant l'un sur l'autre. La douleur que je ressens n'est rien. Seul compte la chaleur de ton corps contre le mien. Tes gémissements m'excitent ; ils me donnent la force, le courage, de te frapper encore et encore.

La passion de la haine.

Je vois ton visage tuméfié se tordre de douleur. J'accentue mes coups. Tu n'arrives même plus à hurler ta souffrance. Maintenant tu me supplies. Oui, tu m'implores d'en finir. Je vois des larmes de rage couler de tes yeux.

Un instant je m'arrête. Je lèche ces gouttes salées qui perlent au coin de tes yeux d'orage. Je goûte ton sang et ton sang m'embrasse. Je plonge mon regard dans le tien.

Tu crois que j'en ai enfin fini.

Mais ce n'est pas terminé…

Je te susurre des mots infâmes.

Tu es à moi. À moi tout seul. Entièrement à moi.

Mais je t'appartiens aussi, tu le sais.

Je cogne ton crâne contre le sol hargneusement.

Tu t'es évanoui. Petite nature…

Je te frappe une dernière fois avant de relâcher ton corps inanimé. Tu es pitoyable…

Je dépose mes lèvres sur les tiennes. Une seconde. À peine.

Dieu, que je te hais mon amour…

C'est alors le sourire aux lèvres que j'abandonne ton corps sur le sol glacé, telle une offrande à ce Dieu de Haine qui nous a fait naître dans deux familles à jamais ennemies.
pheukiou
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Re: Vos textes et poèmes

Message par pheukiou »

Au revoir et merci

"Courrons-nous, nu de morgue, vers ces bras inconnus ?
Divagations d'enfants. Pas de stricto sensu."


Ces rasades euphoriques que nous avons tous bues
sont toujours précédées de longs cycles d'angoisse.
Nous vivons pour les autres et c'est bien là la poisse :
nous ne salivons plus au goulot de grands crus.

Pour choper un emploi, bouffer sans volonté,
il vous faut acquérir une tripotée d'acquis.
Faites tomber le falzar en courbant le rachis,
certains n’en portent plus : ces gars là sont sauvés.

Quel effroi que cette vie où l'on hume si souvent
des odeurs de cadavres, le fumet de vieilles pisses,
de la haine et de l'ire, des fantasmes violents,
la conviction sans faille que nos viandes croupissent.

Le plaisir est lyrique, du plaisir que l'on fume,
je suis un grand singe stone accroché à la grume.
Vous en vouliez aussi ? Hélas, je n'en ai plus
et mon crachoir déborde de glaires gras et de pus.

J'en place une, pour la forme, à monsieur le curé :
au cheptel, les teigneux baisent toujours les derniers.
Quel amour qu'une teigne que l'on prend dénudée
en priant, les mains liées : qu'elle ne fasse pas quartier.

"Un verre de Foi, messire, un iceberg bien frappé
et regardons Martyrs pleurs à l’œil, morve au nez."

Vos effusions de rats n'aigrirons pas mon thé,
mon père était comme ça... c'est une méfiance innée.

Vous avez fait lecture d'un court billet d'extase,
car moquer les églises en rêvant d'apollons
est un bonheur concis, un orgasme, une phase...
ne le voyez vous pas ? Je suis en érection !

Il n'empêche que souvent, rien ne stimule autant
que se voir un instant : crâne percé, derme blanc.
Desséché et voilé, on voit pouffer le sort
dans la crasse gélatine de nos yeux de veaux morts.

Nos esgourdes, percluses et générant leurs phobies,
nous maintiennent immobiles en mutismes contrits.
Un calvaire qu'afficher des risettes factices...
qu'il est doux de rêver que toutes choses finissent.

"Courons-nous, adagio, vers ces bras inconnus ?
Des adages enfantins ? Nous ne savons même plus."
pheukiou
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Re: Vos textes et poèmes

Message par pheukiou »

(celui ci a été écrit d'une traite sans correction aucune, indulgence, donc ;) )

Une balle, une cage

Une amande s'il vous plait, pour tous les non votants,
qui gémissent et se plaignent de derrière les scrutins
et une autre, surtout, pour ses cons déboursant
tout leur fric, dard bandé à Paris Saint Germain.

Matez donc leurs millions tout autour du terrain.
Je dégueule le grand show et je lève mon verre
aux smicards acclamant des athlètes rupins...
comme ils sont imbéciles, enfumés et vulgaires.

Combien pour acclamer le football féminin ?
Ce sport, pourtant plus sain, semble voué au dédain.
On plaisante, on machise, on trahit l'air de rien,
nous phrasons mais n'avons jamais que du venin.

La passion du bon sport ? Ah ! Laissez-moi glousser !
Vous mangerez des étrons lorsqu'ils en revendrons.
Vous tous me dégoûtez à vomir mes rognons,
vous qui n'êtes pas même dignes qu'on vous pisse en plein nez.

Qu'on leur tranche une jambe, à vos footeux friqués,
au mieux, tous ces salauds danseront sur un pied
et tant qu'ils ne chantent pas, qu'on leur laisse la langue...
qu'ils puissent nous divertir à l'oraison du gang.
MademoiselleReveuse
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Re: Vos textes et poèmes

Message par MademoiselleReveuse »

Parmenide a écrit :Ce soir, je ressens toute la puissance urbaine sous ma peau,
Je sens cette ville qui vit, qui respire, qui transpire,
Cette vie qui émane de partout,
Ces habitations donneuses de sens,
Remplie de corps et de leurs émois lascifs,
Corps qui sont eux même des habitations qui deviennent parfois trop étroites,
Je déborde de moi même, je suis plein d'élans survoltés et de désirs contradictoires,
Ce soir je suis amoureux de tout les hommes de toutes les femmes et de tout les animaux,
J'aimerais féconder le monde de ma substance créatrice,
J'aimerais m'évader un peu de cet espace confiné,
Sortir un peu de moi même et m'en aller là-haut,
Juste histoire de prendre un peu l'air,
Rien que ça.
Merci pour ce texte que j'ai beaucoup aimé ! :) Plein de sensations, de bruits et d'odeurs, très imagé ! Encore ! :D
Jabal
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Re: Vos textes et poèmes

Message par Jabal »

the tiger

as you sit
distant and contained
rocking in your boat of waves
i watch your dark glance
cast deep
your thoughts moving like tigers
green light glinting in your eye
your words silent
treading
in the ocean of your throat.

i am nearby
invisible
warming myself by the fire
of your thigh
drinking in
the rich unknowing
of this day, of these clouds,
of this fluid nobility,
knowing
i will never reach the end
of you.

Il y a 4 mois. J'ai jamais osé lui lire, trop niais :oops:
Katy Mini

Re: Vos textes et poèmes

Message par Katy Mini »

@pheukiou : tu as du talent, c'est certain. En tout cas j'apprécie vraiment ta façon d'écrire, très La Fontaine, qui mêle dans une métrique plus ou moins libre le registre soutenu et le registre familier donnant lieu à un mélange d'humour et de texte à morale. Il y a quelque chose de Tété dans ton écriture. Pour illustrer voici un de ces textes "Ces grands moments de solitude (ou l'art délicat de passer pour un con)".

"Quoi de Plus grand que ces instants suspendus
Où rien ne compte plus vraiment?
Rien de plus troublant
Une boulettes, une bévue,
Une chute devant des inconnus
Et hop, l'affaire est entendue

Ces grands moments de solitude
Ne sont ma foi qu'une question d'habitude
Au début, les secondes se déguisent en heures
On a chaud et puis l'on sue :
C'est in situ qu'on apprécie le mieux
L'art délicat de passer pour un con

Une veste, un vent
App'lez ça comme vous voudrez
Une claque ou que sais-je un soufflet
Rien, rien ne vaut ces
Parenthèses enchantée quand d'emblée
le ridicule vous embrasse,
Quand, dans l'assemblée, Un ange passe

Acculé, pris au piège, confondu
Comm' ça aux yeux de tous, à demi nu
C'est une situ qu'on apprécie le mieux
L'art délicat de passer pour un con "


Il y a un peu de ça non? :ninja:

Et oui, je fais partie de ceux qui "ressentent" l'émotion authentique de ce texte qui, ma foi, est fort précis dans son réalisme
pheukiou
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Re: Vos textes et poèmes

Message par pheukiou »

Merci à toi, c'est très gentil de ta part. Et pour te répondre :

Ben j'ai jamais écrit de trucs vraiment comiques, je pense.
Je tape plutôt dans ces genres de trucs, en général, plus dans la veine du premier texte :




Et de l'or pour les chefs

Les touristes y monnaient des babioles, du tembé
- bénéfice émacié aux troncs des cocotiers -
les marrons y font pêche, tâcherons orpailleurs
d'une France patronne aux patrons affameurs.

Les bois morts ont cendré les abords de forêt.
Aux terres noires, le brûlis rince insectes et ivraie
quand nos feux se disputent de belles places de télé
où l'ont voit l’immigré calciner la cité.

C'est là bas, en Guyane, qu'une bannière tricolore
a volé la jeunesse de sa souveraineté.
Sous payant l'ouvrier, esclave et chercheur d'or,
en redorant le fouet des fils de négriers.

Le cell phone et le quad les tiennent loin du passif :
cimarrons dénudés planqués dans les massifs
et ces pieds mutilés et ces mains arrachées
exhibées aux portiques de la glèbe du café.

Blâmer leur amnésie ? Blâmerons-nous la mienne ?
Les négros, les zoreilles et les têtes de chabins
comme les non-descendants de salauds, de larbins :
l'entretien des lacunes a castré nos seules graines.




Un été à Saint-Malo

Saint-Malo, cet empire bretonnant, touristique,
qui noya dans sa gloire ses bâtisses typiques
de décors innombrables, tous nouveaux et carrés.
Elle n'y a pas coupé, cette jolie cité.

J'y étais à vingt ans, en exil de Cergy.
A l'affût de belles frusques, j'y perdis mes amis.
Je cherchais, empruntant de mauvais carrefours,
à retrouver cette île, poil collé, l'air balourd.

Constatant ma détresse, ce mendiant trop vêtu
auquel j'avais versé une poignée d'écus
se fit loi de m'aider à regagner le Bé.
Et nous marchions ensemble aux ruelles animées.

Je l'observais, bouche bée, de chandails habillé
sous ce tapant soleil, ces quarante degrés.
Comment donc pouvait il m'adresser ces sourires
quand son corps, reluisant, semblait prêt à bouillir ?

Il n'était de cette ville que depuis quelques jours,
espérant y trouver de partageux touristes.
Sa récolte était là, sous mes yeux soudain tristes :
il jouissait d'à peine plus que mon maigre secours.

Je regrettais alors mes gaspillages heureux
sans pouvoir l'habiller, lui qui suait déjà tant.
J'usai donc de l'humour, moi qui suit si causant,
pour élargir un peu ses ris francs, mais fiévreux.

Nous arrivions alors tout près de la murée.
Nous nous quittions bientôt en nous serrant les mains.
Je l'observais se fondre aux ruelles du dédain.
L'homme m'avait déposé à l'exact opposé.

Il ne connaissait pas, me rappelais-je alors,
cette ville cruelle qu'il venait d'épouser.
Peut être avait-il juste une envie de causer,
je ne l'ai jamais su. Je m'en souviens encore.
Kliban
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Inscription : ven. janv. 16, 2009 9:19 pm

Re: Vos textes et poèmes

Message par Kliban »

(tout cela me redonne envie d'écrire - un peu - longeant les non-euclidiennes. On verra bien. Merci les gens.)
pheukiou
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Re: Vos textes et poèmes

Message par pheukiou »

Collège, lycée, édredons

J'ai mémoire des cahiers que je n'ai guère ouverts,
de mes profs de français adoptant pour mission
d'approuver à ma plume d'imbuvable grammaire.
C'est déçus qu'ils tentaient d'exciter l'ambition.

Par les livres d'histoire, du moderne à l'antique,
arrosés que nous fûmes en récits salutaires
et pourtant toujours secs, manches bondées d'as de piques.
Bien des vides ont percé aux collégiens gruyères.

"Monsieur Chauvet, bordel, mais vous jouez au rami !"
"Point du fion, au poker et j'avais un brelan."
"Le carnet, insolent ! Et un mot aux parent."
Il me le restitua sans rien avoir écrit.

On grandit, on sourit en pensant à l'école
désormais engloutie sous l'humus encore frais.
On ne regrette pas les chaises dures et les colles.
Maintenant, où aller et que faire ? Je ne sais.

Cigarettes à foison et mégots en grands tas,
j'ai fumé ces volcans pour colorer ma voix
et souvent je médite aux cigües du destin
qui, cruelles, sont cohues aux lacets du chemin.
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