Je crois que je n'ai jamais raconté ma vie ici, mais il faut un début à tout!! D'ailleurs, c'est un détail de ma vie qui va vous paraître insignifiant! Mais ça me fait du bien de l'écrire ^^.
"Oh la belle prise!"
Elle qui m'avait toujours dit qu'elle n'aimait pas le poisson!
J'arrive devant la gare de Périgueux en regardant plus des dalles que l'horloge, une fois n'est pas coutume. 18Heures, on rentre à la maison. Ma soeur me parle de son fonds de teint, mais je réponds à peine, des mots vagues qui passent dans toutes les situations. Elle ne se doute pas qu'elle m'a empêché de craquer. Il fait très chaud, ce dernier jour de juillet, mais heureusement il y a un peu de vent pour empêcher les larmes de glisser de mes orbites au bord desquelles elles s'entraînent au lipslide.
Pourquoi ce thon, alors?
Mon amie (Mauricette) sait que je l'aime depuis longtemps, elle sait aussi que jamais je ne la forcerai à rien, et que toujours je ferai en sorte d'être une amie exemplaire. Tout a été mis en oeuvre pour qu'elle ne perçoive rien, qu'elle ne se sente pas gênée par mes sentiments. De son côté, elle a toujours été nickel. Etant homo elle-même, elle connaît la situation et a très bien réagi, tout s'est passé au mieux, et pendant plusieurs années, on a bien rigolé; on avait surtout besoin l'une de l'autre, pour partager les centres d'intérêt communs et les difficultés.
Aussi, me dire en face qu'elle venait de se trouver une copine, et pas seulement par msn ou quelque chose dans le même genre, était de la toute première importance, pour elle. Elle a pas mal hésité à le faire, et a voulu choisir le bon moment, sauf qu'elle s'est loupée.
Heureusement, j'avais flairé le coup depuis le début de leur relation; des tas de petites choses avaient changé : moins disponible à la discussion, aux conversations sportives, à l'écriture (on avait projeté d'écrire des nouvelles à deux mains), aux visites, moins présente de façon générale, et apparemment plus facile à agacer... il n'y avait qu'une explication possible
Et puis un jour, « Facebook m'a tuer ^^ », pas la peine de rentrer dans les détails, mais... attention à ce que vous mettez en ligneuh (bordel!). Désolée.. Une baffe dans la gueule, mais ça devait arriver, d'autant plus que je veux son bonheur avant tout et que je n'ai jamais rien espéré d'elle. Je l'aime, je me fous de prendre une voie sans issue, je ne m'en suis jamais soucié, d'ailleurs. Je veux être à côté d'elle le plus souvent possible, rien de plus. Si elle est heureuse, tant mieux, c'est le plus important.
Le jour venu, ça a quand même été dur; je ne sais pas si c'est moi, si c'est elle, mais quelqu'un a fait preuve de maladresse à ce moment-là. Il était question qu'on aille boire un verre, elle et sa soeur, ma soeur et moi, cet après midi-là, vers 16h. On se retrouverait au pub irlandais (qui est très sympa, au passage).
Un sms en début d'après midi : «Il faudra que je te dise quelque chose, je ne l'ai pas fait avant car par msn c'est moyen. Il y aura (Lucienne) avec nous ».
Ok, j'ai compris, tout va bien, y a ma petite soeur à côté de moi qui se fait une joie de voir mes amies, mais qui ne connaît rien de la situation, qui est un rien homophobe, il faut donc que j'aie l'air naturel, que je ne casse rien, que je ne frappe personne, que je ne pleure pas!
J'ai répondu dans la minute: « Il y a ma soeur avec moi, comme prévu, alors soyez discrètes ».
Enfin, la rencontre avec l'heureuse élue.
Elle ne m'a pas fait la bise (elle est bisouphobe, je l'ai appris plus tard), elle m'a dit bonjour de loin, et c'était fort bien pensé de sa part, car même éloignée de quelque mètres je l'ai assez facilement associée à une certaine variété de thons rouges. La jalousie venait de naître dans mes tripes, brouillait mes yeux, mon jugement; il fallait à tous prix que je me taise pour ne pas devenir mauvaise langue, pour ne pas dire à ma chère amie qu'elle avait des goûts de merde. »
Pendant quelques temps, cette jalousie haineuse et inutile coula dans mes tripes et m'aveugla.
Comme si ça ne lui suffisait pas d'être moche, il fallait aussi qu'elle parle démesurément fort et d'un rythme saccadé, dès qu'elle me disait bonjour, ou plutôt BONJOUR!!, je croyais qu'elle allait enchaîner avec « Je m'appelle Toufik» (voir le sketch d'Elie Semoun).
Voilà ce que je me suis dit, bêtement, pendant quelques temps.
Ca ne servait à rien que je nourrisse de l'amertume pour cette fille qui n'y était pour rien, et qui, je le constate de jour en jour, a de réelles qualités. Je l'apprécie vraiment, et à présent je conçois presque le fait qu'elle puisse plaire malgré un caractère de... non inutile d'en rajouter. Mon amie a choisi de quelqu'un de si différent de moi que j'ai réalisé à quel point c'était impossible, et ça me désole encore, tous les jours, après plus de six mois. Voilà ce qui a pu me rendre désagréable. Cette fille a de l'assurance,une grande gueule, le permis, des boutons, elle sauve des vies, elles est blonde : elle est mieux que moi! Du moins, quand elle est là, je ne suis plus indispensable à Mauricette.
Je suis à la moité de ma bière, je sue comme une truie et le tremble de partout. La conversation traine un peu. Ma soeur fait sûrement semblant de ne pas voir qu'elle se pelotent sous la table. Elle trouve tout de suite un terrain d'entente avec Lucienne, car elles ont les mêmes goûts musicaux. Je glisse une parole à Mauricette, à propos de je ne sais quoi, Lucienne s'immisce dans la phrase, m'interrompt spontanément, écrase mon point de vue, le bouffe et jette le reste aux pigeons. Voilà quelqu'un qui sait s'imposer.
Je vais aux toilettes et reste un certain temps dans la lumière tamisée, essayant de reprendre mon calme, avec l'impression d'être dans un sale rêve.
Je sors me laver les mains; Mauricette est là, guillerette comme jamais : «J'en profite qu'on soit toutes seules »
Silence
« Je voulais te dire quelque chose, tu sais... »
Silence
« En fait, Lucienne et moi, on.. »
_ C'est bon, j'ai compris!
Je n'aime pas interrompre les gens mais en entendre plus aurait été une douleur inutile, comme toutes les douleurs.
_ Ah bon...
_ Ben bien sûr, ça fait longtemps que je le sais.
Je n'étais pas si bête que ça, voyons! Le calme était revenu, peut-être parce qu'elle était là, me regardait et s'adressait à moi : c'est généralement suffisant pour m'apaiser.
_ Tu avais quelque chose d'autre à me raconter?
_ Non. Ça va?
_ Oui, mais vas-y, je vous rejoins!
_ Ben non, on y va ensemble
Raaaa tu veux pas me laissez pleurer tranquille cinq minutes, c'est vraiment trop te demander?
Apparemment oui, faudra attendre ce soir pour ça, on est reparties ensemble rejoindre les filles qui discutaient musique.
Le lendemain, j'ai trouvé dans ma boîte mail un message long de trois lignes _ c'était à présent un record _ dans lequel elle me remerciait d'avoir « aussi bien pris » la chose.
Je ne lui reproche rien, sûrement pas d'avoir une copine, d'être forcément moins disponible, mais les premiers temps, j'ai trouvé maladroite la manière de (vouloir) me l'annoncer; ça pouvait bien attendre un peu, puisqu'elle avait patienté plus de deux mois? Au moins qu'on soit seules? Dans les toilettes d'un pub irlandais, minceuh, ça se fait pas!! (si?)Allez, j'en fais des tonnes, je sais qu'elle a voulu y aller en douceur.
